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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 22:43

"Le prophète Aliboron" est un conte de Noël de Georges Saunier (paru dans « Feyzin au passé simple », 1977, chapitre XII)

 

 Dans nos communes du Bas-Dauphiné, il y avait autrefois une croyance rustique curieuse. On n’osait pas pénétrer dans les écuries et les étables pendant la Nuit de Noël. A la tombée du jour, on donnait double ration aux animaux domestiques et on les laissait, car, pendant la Nuit de la Nativité, les animaux… parlaient entre eux ! Si un être humain venait à pénétrer dans l’étable, l’événement extraordinaire cessait aussitôt et le cheptel était ravagé l’année suivante. Le bétail qui ne périssait pas devenait malingre et improductif.

Dans nos campagnes, il y a une cinquantaine d’années, on commençait à ne plus croire qu’une fois par an les animaux familiers « parlaient entre eux » mais quelques fermiers se gardaient tout de même d’entrer dans les étables cette nuit-là, après tout… on ne sait jamais.

Si vous croyez que j’exagère, interrogez les vieux paysans des villages qui vous entourent.

Donc il y a bien longtemps, au temps des diligences, un soir de Noël, une grande animation régnait dans une ferme du Carré Brûlé.

Dans la vaste salle commune, attendant l’heure de la Messe de Minuit, la maisonnée passe la veillée, rassemblée autour de la longue table de bois épais, confectionnant le réveillon du retour : andouilles, saucisson chaud, fromage fort et tartes aux pommes. Il n’y a ni télévision, ni radio, ni tourne-disques mais une chaude atmosphère où les échanges peuvent se faire avec lenteur, où les réflexions sont parfois malicieuses ou profondes, où les souvenirs remontent souvent dans la nuit des temps.

Le petit François n’est pas en âge de veiller. Sa mère l’a mis au lit mais il se tourne et se retourne, intrigué par les paroles du valet de ferme qui, ayant donné la pitance aux bêtes plus tôt que d’habitude, lui a dit en le croisant dans la cour : « Ne rentre plus dans l’étable, il faut laisser les animaux tranquilles jusqu’à demain pour qu’ils puissent parler entre eux ! »

Cette réflexion extraordinaire l’empêche de dormir et son imagination s’enflamme. Se peut-il qu’une telle chose puisse se produire une fois l’an ? Et surtout, que peuvent bien dire les animaux à cette occasion ?

Bref, le petit François a vite fait de décider qu’il en aura le cœur net. Il lutte de toutes ses forces contre le sommeil, attend le départ des adultes pour l’office de Minuit et, emmitouflé et tremblant, il se dirige vers les communs.

Une certaine crainte le retient un instant mais la curiosité est la plus forte. Poussant lentement, lentement, la porte de l’étable il se faufile sans le moindre bruit.
François est là, craintif, excité, silencieux. Les animaux ne l’ont ni vu, ni entendu.


O surprise ! O merveille ! Ils parlent ! C’est inouï, mais c’est vrai… L’enfant se cache, se glisse, rampe et surtout écoute, écoute, étonné, stupéfait, ravi.

Ce sont d’abord les chèvres. Elles daubent sur les uns et les autres, volubiles. De vraies commères. Sans intérêt. Passons.

Voici François près des vaches. La conversation est plus intéressante. Ces ruminants ont le temps de réfléchir. De leur pré, elles regardent passer les diligences et les attelages. Une grande sagesse et une poésie certaine se dégagent de leurs propos. L’enfant est loin de comprendre tout ce qu’elles disent, mais son jugement est assez favorable.

Dans le coin des brebis tout est douceur et familiarité. Le petit agneau est blotti contre sa mère et François est ému de la tendresse qui se dégage de cette scène.

Les chevaux ont une conversation sérieuse. Ils parlent des labours, des récoltes et des hommes. L’enfant apprend au passage qu’un palefrenier est leur ami, que l’autre est une brute sournoise dont il faut se méfier et qu’un sabot vengeur, tel celui de la mule du Pape, pourrait bien l’atteindre durement un de ces jours…

Il ne reste plus dans son coin que le vieil âne, tout pelé, doyen des animaux de la ferme, qui soliloque, le regard fixe, perdu dans ses pensées.

Soudain il pousse un « hi han ! » retentissant qui arrêtes les conversations. Le baudet profite du silence pour brailler d’une voix enrouée mais de toutes ses forces.

Du coup tous les bestiaux écoutent ses clameurs qui ont un ton prophétique :

- «  Vous les petites vachettes, qui regardez passer les attelages, vous verrez bientôt passer des monstres d’acier, roulant comme le vent sur des chemins de fer ! »

L’assistance animale, ébaudie, ricane à sa manière.

- « Vous les fiers chevaux, votre règne va bientôt prendre fin et vous disparaîtrez par milliers. On va vous remplacer par des voitures qui marcheront toutes seules ! »

Les protestations commencent à fuser mais Aliboron n’en a cure et continue ses vociférations :

- « Vous ne me croyez pas ? Et pourtant vos petits et les petits de vos petits verront d’autres choses encore. Il y aura d’autres attelages qui emporteront les hommes dans les airs et sous les eaux ! »

De toutes parts fusent maintenant les quolibets :

- « Assez ! Arrête ! Tu es fou ! Silence ! »

La voix du vieil âne devient chevrotante et les conversations reprennent çà et là leur cours.

Seul l’enfant entend encore la bourrique lâcher ses dernières paroles, avant qu’elle ne s’effondre de fatigue :

- « Ils iront sur la lune ! Ils feront exploser des soleils de mort ! »

Le petit François a un peu peur maintenant. Il ouvre la porte lentement et sort à pas furtifs. Sa visite est passée inaperçue.

La cour est silencieuse. Il regagne sa chambre, stupéfait, rêveur, et vite, il s’endort.

Un rêve le visite. Il est encore dans l’étable et les « paroles » de l’âne lui reviennent à l’esprit. Il s’approche du vieil animal, le prend par le cou et parle doucement dans sa grande oreille.

- « Dis ! Cadet ! réponds-moi. C’est bien vrai tout ce que tu prédis ? »

- « Oui petit. Il ne faut pas voir là des âneries. C’est la vérité des temps futurs. »

Un rêve est toujours mystérieux et son décor est changeant. L’étable devient une grotte. L’âne est toujours là mais il y a aussi le bœuf, un agneau qui sommeille, pattes repliées, un garçon qui ressemble à Florent le berger, une belle dame, un homme et un Enfant qui repose à même la paille…

Une dernière question sur les lèvres de François.

- «  Dis Cadet ! Quand ces temps seront venus, est-ce que les hommes seront heureux ? »

L’animal reste un long moment silencieux. Il faut bien réfléchir avant de répondre aux enfants quand ils posent des questions aussi profondes.

- « Cela dépendra surtout d’eux-mêmes ! »

François, ensommeillé – et qui dort depuis Dieu sait quand – comprendra-t-il la réponse ?

Dans cette campagne dauphinoise, en ces temps reculés, d’autres, qui sont bien réveillés et qui ne sont plus des enfants, la comprendraient-ils, eux ?

Georges SAUNIER

 

 

 (dessin de Pierre Grivaz - "Feyzin au passé simple", 1977)

 

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21 décembre 2008 7 21 /12 /décembre /2008 20:51
Prochainement : La Route Nationale 7 à Feyzin

(pour la chanson, attendre le chargement et appuyer sur lecture)


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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 17:28


Oui, pendant les travaux, les travaux de recherches bien sûr. Il y a encore beaucoup à raconter sur le Feyzin d’autrefois. Mais faisons une petite pause.



Concernant le Feyzin d’autrefois, la référence feyzinoise est bien sûr Georges SAUNIER, dont je ne cesserai d’admirer et de vanter les travaux et les réalisations. Autant sur l’histoire de Feyzin que sur l’histoire locale, en passant aussi par la linguistique. Georges écrivait… et racontait oralement, avec son grand art et en même temps sa grande modestie. Qui, ayant assisté à la conférence de Georges Saunier au cinéma Rex, aurait oublié le récit en patois qu’il avait fait (voir « Feyzin au passé simple » 1977, chapitre III, pp 27 et 28) ?

Mais le passé de Feyzin, qui cela peut-il intéresser ? Feyzin, grande commune du Grand Lyon, est en plein devenir. Les projets fusent. Les réalisations et réhabilitations se succèdent. La raffinerie, qui ne devait durer qu’une vingtaine d’années, a déjà 44 ans de fonctionnement. Je me suis posé la question, en commençant ce blog. Peut-être que ça fait Internet-Nostalgie ou « Notre Temps » [i]… Peut-être aussi qu’arrivé bientôt à la soixantaine, j’ai envie de raconter ma vie (ou une partie) à travers un blog. Mais… Je pense pourtant que nous sommes ce que l’Histoire nous a faits. Il faut connaître le passé pour bien aborder l’avenir. Pour avancer, il ne faut pas refaire les erreurs du passé. Il faut savoir. Tout savoir. Et même si chacun raconte le passé à sa façon, même si le souvenir déforme un peu la réalité, il en reste toujours quelque chose. Avec ce blog, profitons de l’interactivité d’Internet pour le faire évoluer. Fin de la pause.

« Une chose dont on ne parle pas  

n’a jamais existé »

            (Oscar   Wilde) 
             
  
Revenons à nos travaux. Il y a, disais-je, beaucoup à dire encore sur le Feyzin d’autrefois. Mais cela demande du temps, et parfois, le temps manque. Je contacte des gens, je recherche, je trouve des documents mais les autorisations de publication tardent à venir. Marie-Paule, ma fidèle lectrice qui s’est prise au jeu, travaille de son côté (je ne dirai pas sur quoi pour entretenir le suspense). Pour rendre le blog attractif, il faudrait des vidéos, et cela demande encore une fois du travail et du temps. Merci à mes lecteurs, actuels et à venir, d’être patients !



[i]  Ceci dit sans ironie aucune, car ce magazine était destiné aux seniors et me paraissait bien fait

 

Quelques images, pour conclure (pour l’instant) sur le quartier des Razes.

 

Une carte postale ancienne publiée dans la rubrique feyzinoise du Progrès ; pas d'électricité, des platanes le long de la rue des Razes, l'hôtel Perret à gauche ; au fond, la colline de Feyzin-le-Haut


Les gones des Razes !


Dans la rue de l'ancienne Mairie (rue Hector-Berlioz), avec Michèle B., la grande "soeur" de nos jeux ; sur cette photo de 1957, se trouve à droite le terrain de boules jouxtant la ferme Curty

 

Je suis entouré de Dédé, Maryse et Gégé, il y a aussi ma frangine (la plus grande) : les kids des Razes en 1957 !

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15 décembre 2008 1 15 /12 /décembre /2008 17:07

Années 1910 ? La voie ferrée comporte quatre voies (Photo Combier, Mâcon)

Le quartier des Razes était mon quartier puisque nous habitions à côté de la Pharmacie dans la rue des Razes. Georges Saunier fait remonter l’origine de ce nom aux razes, « nombreux lits de rivières » qui traversaient ce quartier. Dans ma jeunesse, j’avais entendu dire (mais je ne sais plus par qui) que ce lieu de Feyzin était recouvert d’arbres que l’on avait « rasés » pour construire là les premières habitations qui constituaient le quartier. Rappelons-nous que le cœur de Feyzin, au XIXe siècle, devait se trouver du côté de l’actuelle rue Hector-Berlioz, que l’on avait appelé précédemment la rue de l’Ancienne Mairie (et que dans ma famille on appelait le « Chemin ») : l’église, le cimetière (sur l’actuel quartier « Le Mozart »),L'ancien cimetière (Photo Combier, Mâcon)
 la mairie avec sa place et la croix de 1860, et certainement quelques auberges ; il y avait aussi un château, racontait Georges Saunier, près de l’église (chemin Sous-Gournay), sans doute une grande demeure dont je me souviens des rares ruines (un portail avec ses montants). Tout cela a disparu lors de la construction de la voie ferrée. Qu’est-ce qu’ils avaient donc, ces technocrates, avec leur manie de tout détruire pour le « progrès » ??

Revenons aux Razes, si je puis dire. Près de la gare, se trouvait un café, « de la Gare » bien sûr.

Année indéterminée : 1905 ? 1910 ? (Photo DR)
Sur cette photo, on aperçoit entre le café un coiffeur (jusque dans les années 1960 ce commerce a fleuri ici) et la maison de ma grand-mère. On a supposé, dans ma famille, que la personne à la fenêtre était ma grand-mère maternelle. Après une cour, véritable cour des miracles parfois au fil des années (je n’y ai jamais vu autant de chats de ma vie), où se trouvait une ferme, venait la boulangerie de ma grand-mère (ce fut d’abord un bureau de tabac). Toute jeune, ma mère portait à pieds le pain « dans tout le pays » (c’est à dire dans tout Feyzin, y compris le Haut) comme elle nous l’a si souvent dit. Ma grand-mère qui fut veuve à la quarantaine porta à bout de bras ce commerce, ce qui explique peut-être la notoriété qu’elle avait acquise dans le quartier. Jusqu’à un âge avancé, ma grand-mère, la mère Ayme, faisait encore parler d’elle. La boulangerie fut fermée et devint la maison familiale, où mes sœurs et moi avons vécu avec nos parents.

Années 1930 ? (Photo Combier, Mâcon)

La seule rue des Razes était une des rues les plus commerçantes de la commune. Dans les années 1960, il y avait (en plus des commerces cités, et peut-être que j’en oublie) : un marchand de cycles (Chamontin), un bureau de tabac, une épicerie (Barnoin, « la Catherine »), une boucherie, une autre épicerie (Roland), une charcuterie, une Caisse d’épargne (un peu plus tard), une quincaillerie (Roux), un magasin de confection (Barnoin), trois autres cafés : Béry (Claudius Béry, résistant, fut exécuté par les Nazis en 1944, son nom fut donné plus tard à la place des Razes), Richetto et Perret ; mon oncle Adolphe Perret possédait aussi l’hôtel, et par la suite, son gendre, Serge Specty, géra le cinéma Rex pendant de nombreuses années. J’allais dans ce cinéma de quartier (genre « La dernière séance » d’Eddy Mitchell) presque chaque semaine, j’y ai vu tant de bons films et de nanars, plein de films avec Fernandel, des westerns, des péplums, et j’en passe. L’ancien cinéma, géré par la mère de mon oncle Perret, Rose Deiro, se trouvait au début de la rue Georges Ladoire, sur la place des Razes. J’étais tout petit quand mes parents m’y emmenaient le samedi soir, et je revoyais le même film le dimanche après-midi (j’étais sûrement moins endormi) avec ma grand-mère. Le cinéma de la « mère Deiro » (vous avez remarqué, on disait souvent « la mère Machin », « le père Truc ») était parfois à lui seul un film ; il y faisait un froid de canard en hiver, malgré le gros poêle qui rougeoyait pas loin de l’écran ; les bancs (il n’y avait pas de fauteuils) y étaient des plus spartiates ; le film cassait plusieurs fois par séance, ce qui faisait pousser par les jeunes des hurlements (il paraît même qu’une fois, les jeunes avaient cassé un banc pour alimenter le poêle, tellement il faisait froid, enfin on m’a raconté ça, je ne sais pas si c’était vrai) ; la gérante jouait de son autorité pour essayer de mettre un peu d’ordre dans la salle. Très folklo… Je me souviens aussi que le dimanche, à la sortie du cinéma, ma grand-mère commérait pendant un temps qui me paraissait interminable avec Madame Deiro, et je soufflais jusqu’à ce qu’elles n’en pouvaient mais de dire des méchancetés sur plein de monde.

La rue des Razes, après l’arrivée de la raffinerie, prit progressivement une autre tournure. Beaucoup d’ouvriers, d’employés, de sous-traitants, fréquentaient la rue pour le déjeuner. Les uns après les autres, les commerces fermèrent et « ma » rue des Razes devint d’une tristesse pitoyable, surtout le dimanche. A partir de 2001, le quartier commença à être réhabilité.

A l’époque où il n’y avait pas la télé dans les foyers (eh oui, les jeunes du XXIe siècle, ça a existé !), les habitants des Razes sortaient l’été, s’asseyaient parfois devant chez eux pour voir passer les gens qui se rendaient à la vogue du 15 août ou aux festivités de la Gravière (j’y reviendrai, bien sûr). On se disait bonjour, entre voisins, on parlait, on ne courait pas (seuls les enfants couraient, mais pour s’amuser), on n’avait pas peur des quelques voitures qui passaient…

Tout ce quartier était bien vivant. Un jour, mon père changea la porte d’entrée de la maison. La nouvelle porte comportait des carreaux multicolores, et nous avons gardé cette porte longtemps. A l’autre bout du trottoir, la Catherine, qui passait plus de temps sur le pas de son épicerie qu’à l’intérieur, cria à mon père qui était à l’oeuvre : « Alors, vous faites une cathédrale ? » Mon père, qui avait le sens de la répartie, lui répondit : « Non, non ! Je fais un bordel ! »…


L'actuelle rue du 11 Novembre ; il n'y a pas grand-monde, n'est-ce pas ? (Photo Combier, Mâcon)

En juillet, on allait voir le Tour de France qui passait sur le CD 4 (actuelle rue du 11 Novembre). C’était grand jour de fête, je restais avec mon père, il y avait un monde fou. Nous avons vu passer en coup de vent Jacques Anquetil et Raymond Poulidor. Un dimanche (mais je ne saurais dire quand exactement, peut-être en 1964 ou 65), le cortège présidentiel du Général De Gaulle passa sur le CD 4. Je revois encore le grand homme, debout dans la limousine, saluant la foule. Mais la voiture était passée beaucoup trop vite, eu égard au temps passé à attendre. Savez-vous (les jeunes) qu’un autre président a foulé le sol feyzinois ? C’était d’ailleurs sur la place Claudius-Béry, à la fête de la Rose. François Mitterrand, venu à l’invitation de Marie-Jo Sublet, nouvelle maire socialiste de Feyzin, allait devenir président de la République trois ans après.  

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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 15:08

Moins solitaire car je commence à avoir quelques lecteurs ! Tout vient à point pour qui sait attendre…

Je salue donc Marie-Paule, Feyzinoise de mon époque, la première à avoir apporté un commentaire (le premier) sur ce blog. Merci Marie-Paule, et si tu le permets, je vais ajouter les précisions que tu m’as données par mail. Toute petite, Marie-Paule trouvait les marches de la passerelle (voir article précédent) très hautes, et le passage des trains lui faisait un peu peur à cause des vibrations quand on était sur la passerelle. C’est vrai que ça vibrait quand les locomotives à vapeur passaient. Mais moi, j’aimais ça ! (et surtout la fumée des locos, c’était un jeu pour moi, au-dessus des voies). Et Marie-Paule se rappelle aussi que sa mémée arrivait tout essoufflée en haut des marches.

Par contre, je n’ai pas précisé que, lorsque le feu d’artifice de Lyon était tiré le 14 juillet, seuls les Feyzinois habitant près de la gare venaient sur la passerelle voir le feu d’artifice, et aussi le commenter ; une année, c’était mieux que l’année d’avant, ou l’inverse. Les habitants de Feyzin-le-Haut (comme on disait parfois) allaient sur la colline de Beauregard, entre la Bégude et la Tour, et avaient sûrement aussi une belle vue sur le feu d’artifice. Il faudra attendre un bon nombre d’années avant d’avoir à Feyzin nos propres feux d’artifice (à partir de 1977 je crois).


Je vais aussi faire un peu de pub. J’ai choisi pour ce blog un hébergeur sans publicité (sauf pour son partenariat avec TF1 Network pour la rémunération en droits d'auteur de certains blogs de particuliers). J’ai mes premiers lecteurs, mais quand je pense au magnifique blog de mon collègue (et voisin) sur La Réunion, avec 900 visites en trois mois… C’est vrai qu’il s’agit d’un blog sur La Réunion. Nous n’avons pas les mêmes valeurs… Non, je plaisante, car j’adore La Réunion où je vis depuis plus de 7 ans. Si vous aimez (ou si vous êtes attirés par) La Réunion, allez  sans hésiter voir ce blog, qui comporte de superbes photos de mon éminent collègue : www.gradot.fr

Je fais aussi de la pub pour les sites feyzinois. Mon blog apparaît sur www.ville-feyzin.fr
Tout ça est encourageant, car, vous le voyez, j’habite et je travaille à La Réunion. C’est un peu fou de faire un blog sur le Vieux Feyzin en étant à La Réunion, mais bon… Vous aurez un jour des photos du Feyzin d’aujourd’hui sur ce blog (en relation avec les évocations du Feyzin d’autrefois).


Pour finir aujourd’hui, je vous montre deux vieilles photos sur mes grands-parents maternels.


 Pour la première, je ne sais pas où elle est située, peut-être sur le terrain de pétanque qui se trouvait aux Razes en face de la ferme Curty. Mon grand-père, debout avec un chapeau, arrosait je ne sais quoi. Les « Feyzignans » adoraient les « boules » ; je ne sais pas pourquoi, mon père était un infatigable et émérite joueur de boules (il a joué jusqu’à la fin de sa vie), et on ne disait pas beaucoup la « pétanque », qui était peut-être plus méridional comme terme, on préférait alors dire les boules (lyonnaises). Cette photo doit dater de 1910 environ.


La seconde photo est la chorale de Feyzin vers 1900 (peut-être tout juste avant ou tout juste après). Ma grand-mère est méconnaissable car elle avait la curieuse manie de caviarder son visage sur certaines photos. C’est donc la deuxième personne en haut de la photo. Certains Feyzinois  trouveront peut-être leur ancêtre sur cette photo d’époque.

Bientôt, nous parlerons du quartier des Razes.
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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 16:48

Sur la gare de Feyzin, tout a été dit, ou presque, dans l’excellent recueil de la Société d’histoire – Sauvegarde du Patrimoine, paru en 2005 à l’occasion des 150 ans de la gare (ci-dessus)


Georges Saunier écrivait (« Feyzin au passé simple, Récits », 1977) : « En revenant du Bandonier, nous traversons la grand-route et nous prenons le chemin du Port d’Irigny, l’actuelle rue du Dauphiné (…) Plus loin, avant de tourner à droite, vers la ferme Curty, on a rencontré de graves messieurs qui mesurent, tirent des plans, prennent des notes. Il paraît qu’on va construire, ici, une voie ferrée (…) Les gens de ce temps-là ne peuvent pas savoir que l’on verra encore longtemps de graves messieurs qui mesurent, tirent des plans, prennent des notes… »


Mon grand-père maternel, Noël AYME, était chef de gare dans les années 1900. Nous avons conservé cette magnifique photo :


Il s’agit de l’original de la photo que j’ai scanné puis retouché. Car malheureusement, la photo a beaucoup souffert. A l’origine, elle était collée sur un carton fort, comme ça se faisait à cette époque. La photo a été décollée, ce qui l’a endommagée ; l’adhésif mis au verso a taché la photo au fil des années.
 Cette photo doit dater de 1898, trois ans après le train des Frères Lumière arrivant à La Ciotat. Elle est très chère à notre famille puisqu’on y voit mon grand-père ouvrant les portes du train.


La gare de Feyzin a toujours été un lieu un peu…mythique et sans doute stratégique. C’est vrai que le passage des trains, puis la construction de nouvelles voies, la possibilité d’aller à Lyon-Perrache, tout cela a pu marquer les esprits des Feyzinois au début du XXe siècle. De plus, malheureusement, de nombreux accidents mortels ont eu lieu au terrible passage à niveau des Razes. La passerelle qui fut construite en 1933 permit aux piétons de franchir la gare sans problème. Quand j’étais gosse, quand je partais à l’école ou quand j’en revenais, j’attendais sur la passerelle l’arrivée d’une locomotive et j’aimais son passage bruyant et la fumée âcre qui m’envahissait. C’est aussi sur la passerelle que le 14 juillet, en famille, nous allions voir le feu d’artifice tiré sur la colline de Fourvière. C’était un spectacle qui enchantait nos yeux d’enfants.

Et puis la passerelle a été vouée à la destruction, en 1968, avec le chantier du triage Sibelin. Le Progrès de Lyon avait relaté alors cet événement si anodin.


(articles et photos Le Progrès de Lyon, 1968)


Puis la gare périclita. Des efforts de modernisation (passage souterrain, gare et environs) tentés ensuite par les municipalités font espérer  au Feyzinois que ce lieu redevienne bien vivant.

La gare en 1957 (Photo Combier, Mâcon) 

Et 20 ans plus tard  avec une photo de 1900 (carte éditée en 1977, Editions CEF, Nice)
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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 07:21


Le cinéphile que je suis ne résiste pas à l'envie de montrer ici ce film très connu des Frères Lumière qui, rappelons-le, étaient Lyonnais (bien que "l'action" de ce film se passe en gare de La Ciotat). On pourra faire un petit parallèle avec une photo qui paraîtra dans le prochain article, et imaginer l'arrivée d'un train en gare de Feyzin. Rendez-vous au prochain article !
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9 décembre 2008 2 09 /12 /décembre /2008 17:50

En 1967, le groupe cantonal de l’ORLEC présentait à Feyzin, au Prieuré de La Tour, un spectacle son et lumière, nommé « Evocation historique ». Cela se passait tout près d’une cave voûtée datant du XIIIe siècle, dégagée par un groupe de jeunes Feyzinois, archéologues du moment. Le spectacle, comprenant des montages sonores et visuels, jeux d’ombres, chants, poèmes, danses, eut lieu le soir du 8 juillet. L’ORLEC, composé de nombreux jeunes de Feyzin, Seyssuel, Vienne, Communay… avait fait un excellent travail en collaboration avec Georges Saunier pour les faits historiques et les légendes évoqués : la farce du pauvre clerc, la légende de Saint-Anin, les récits du marinier, la légende du dragon du Rhône …

Voici le début du texte originel :

« Gentes Dames et Messires, Damoiselles et Damoiseaux, oubliez vos soucis et vos peines ; gentes Dames et Messires, Damoiselles et Damoiseaux, vous êtes ici pour rêver (…) Merci à toutes et à tous d’être venus. En vous rendant à notre invitation, vous avez accepté de prendre place dans la machine à remonter le temps. Et maintenant que vous êtes ici, nous vous invitons à jouer le jeu.

Nous sommes au XIVe siècle environ, dans la cour d’une ferme dépendant du Prieuré de La Tour. Avant tout, entendons-nous bien. Il n’y a plus de Route Nationale n° 7, plus de voie ferrée, plus d’automobiles. Disparus l’autoroute et les trains électriques et les trains à vapeur… Vous avez beau prêter l’oreille, vous n’entendrez plus leur vacarme, ou plutôt si vous entendiez quelque chose, il s’agirait des bruits de la forêt toute proche, de la mélodie du vent, du galop d’un cheval ou du hurlement des loups. Il n’y a plus de torchère puisqu’il n’y a plus d’usines. Pas d’autres lueurs que celles de la lune et des étoiles. Pas d’autres odeurs que celles de la terre, des arbres, des herbes ou des fleurs. »

Retour au passé, références malicieuses à la pollution nouvelle de Feyzin, vagabondages poétiques et romantiques si chers à Georges Saunier…


Le Prieuré de La Tour au XIIIe siècle, vu par Jean Boachon (in "Feyzin autrefois, Simple histoire d'un village", Comité de Jumelage et Société d'Histoire Sauvegarde du Patrimoine, 1992)
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8 décembre 2008 1 08 /12 /décembre /2008 16:41

En novembre 1968, le Progrès de Lyon publie cet article. Il s'agissait d'une maison qui dut être démolie. Construite vers 1820, elle se trouvait rue de l'Ancienne Mairie, aujourd'hui rue Hector-Berlioz. C'était la maison natale de Stéphane Curty. Monsieur Lacroix, qui l'habitait alors, entendit d'inquiétants craquements ; la maison, risquant de s'écrouler, M. Lacroix alerta la Mairie et une entreprise de travaux publics dut venir la démolir.
Cette vieille demeure se trouvait dans le quartier de l'église et fut un café. Rappelons-nous qu'avant la construction de la voie ferrée, achevée en 1855, l'église se trouvait en bas de la montée des Gorges ; pas très loin, la mairie se situait au bout de l'actuelle rue Hector Berlioz. Habitée alors par la famille Commeau, la vieille bâtisse fut démolie en 1961. Sur une petite place publique se trouvait la croix de 1680, seul vestige de cette époque qui subsiste actuellement (la croix fut déplacée à quelques dizaines de mètres du côté de la voie ferrée).
Nous pouvons donc penser que pendant la première moitié du XIXe siècle, à Feyzin, la vie paroissiale et administrative devait se tenir à proximité de l'actuel quartier des Razes. La rivale, la Bégude, était plutôt un lieu de halte pour les voituriers, les rouliers et les diligences, qui empruntait cette route qui fut "royale", puis "impériale" et enfin "nationale". Le mot Bégude vient du méridional "bégu", le lieu où l'on boit, d'où les diverses auberges qui se succédaient vers ce quartier.
Nous reviendront bientôt sur la voie ferrée et la gare de Feyzin (avec l'excellent travail fait par la Société d'Histoire - Sauvegarde du Patrimoine de Feyzin en 2005).

(Sources : Georges Saunier - article et photo Le Progrès de Lyon)

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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 16:00

La carte postale qui suit date vraisemblablement de 1950. Elle est intéressante à deux points de vue : c'est d'abord une photo aérienne, puis elle montre le panorama de la vallée pris au-dessus du Plateau.

(Photo Combier, Mâcon)

Le Plateau, au premier plan, n'a pas fondamentalement changé. Le quartier de l'église est presque le même, avec l'ancienne mairie (à droite de l'église), l'ancienne cure, le long du chemin de gauche, qui mène vers le cimetière. A cette époque, le garçons allaient à l'école dans l'ancienne mairie, puis à l'école du Plateau à gauche de l'église (j'ai fréquenté ces deux écoles). Les filles allaient à l'école à droite de l'ancienne mairie. Pas question de se mélanger ! Et l'école privée se trouve au tout premier plan à droite. Dans ce quartier, les groupes scolaires se sont transformés et agrandis, la Bibliothèque s'est implantée.

Dans la vallée, à hauteur des Razes, beaucoup de champs cultivés ou des prés à perte de vue, de part et d'autre du CD4 (rue du 11 Novembre maintenant), bien désert alors. On n'aperçoit pas la voie ferrée, qui se trouve en contrebas. A gauche, un morceau du quartier des Razes et la rue Georges Ladoire. En haut à gauche, la rectiligne allée des Platanes (ex allée des Peupliers), qui mène vers le Rhône et le quartier de l'ancienne cité Lumière et de l'usine Plymouth. En agrandissant la photo, on pourrait peut-être reconnaître la Gravière, en haut au milieu de la photo.
Nouveaux ou récents habitants de Feyzin, jugez du changement de paysage ! En quelques mois, la vallée s'est complètement métamorphosée : raffinerie et ses cheminées, autoroute, canal de Pierre Bénite, gare de triage... Voilà ce que les décideurs ont fait du Feyzin d'autrefois et ont légué aux générations d'après les années soixante...

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