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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 17:30

Feyzin, à la périphérie sud de Lyon, n’allait pas échapper à l’industrialisation massive à partir des années 1960. Le couloir de la chimie, le long du Rhône, n’allait pas s’arrêter après l’aménagement de l’usine Rhodiacéta (Rhône-Poulenc) au quartier de la Belle-Etoile (limite Saint-Fons – Feyzin). Alors que Feyzin vivotait tranquillement en tant que commune agricole (et minoritairement industrielle, nous l’avons vu, avec les usines du quartier du Rhône), de grands projets s’annonçaient avec l’U.G.P. (Union Générale des Pétroles, qui devint ensuite le groupe ELF) pour l’implantation du plus grand complexe pétrochimique de l’époque, dans la plaine de Feyzin. Dans le même temps, le tracé de l’autoroute A7 était prêt, et le projet de la création d’une gare de triage (Sibelin) verrait aussi le jour sur Feyzin et Solaize. Pour rendre le Rhône navigable, la C.N.R. (Compagnie Nationale du Rhône) allait créer le barrage de Pierre-Bénite et son canal de fuite, le long de l’autoroute.

Entre l’extrémité ouest du quartier des Razes et le quartier du Rhône, toute la plaine de Feyzin allait changer d’aspect en 3 ans. On écrit dans un bulletin municipal en 1972 : « Pour les habitants des Razes particulièrement, ce fut le Far-West à Feyzin, la plaine grouillante d’engins de travaux publics se transformait dans la sarabande poussiéreuse des scrapers, bulldozers, alors que des dragues géantes fouillaient le sol, creusant ce qui allait être un canal, un tracé d’autoroute se délimitait, une vaste plate-forme de remblais, fait des graviers du canal, s’aménageait, qui allait devenir une zone industrielle considérable, celle qui s’étale sous vos yeux. Des fermes, des terrains étaient expropriés, dans le bruit des procès qui marquait chaque nouvelle étape d’avancement des travaux. »

Assez vite, des dommages « collatéraux » se produisaient : la démolition de la maison Commeau, l’ancienne ancienne mairie (c’est vrai qu’elle tombait en ruines) et surtout la destruction pure et simple du Château de l’Isle, malgré les protestations notamment de Georges Saunier, alors conseiller municipal.












                         L'ancienne "ancienne mairie"... et sa démolition










Le beau portail Louis XIII du Château de l'Isle (photo de Robert Sublet, dans "Feyzin au passé simple" de 1977)








La raffinerie s’édifiait au printemps 1963. Un an après, elle était déjà en service, avec la première unité de raffinage de pétrole brut, suivie plus tard d’unités de distillation, puis d’une seconde unité de raffinage, la première d’Europe (le Steam-Craking). Parallèlement, étaient mis en service l’autoroute A7 et le canal de fuite.



























Photos Bulletin municipal, 1972






Balayés les îles, les lônes, les vorgines, les gravières, les peupliers géants, les platanes de l’allée du Rhône, les guinguettes, la fore et la faune complètement modifiées, et aussi les souvenirs de toute une population qui assistait, impuissante, à la transformation du bas de Feyzin…

Et c’est à partir de ces années-là que Feyzin prit progressivement un visage différent. Le Feyzin d’avant avait vécu.

Nouveau paysage de Feyzin : le quartier des Maures au premier plan, la raffinerie (avec 4 cheminées) à l'arrière-plan (photo Cellard, Bron)

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1 février 2009 7 01 /02 /février /2009 17:38

Le Rhône à Feyzin, grand axe fluvial de communication, a toujours joué un rôle essentiel dans la vie de la cité. Limite communale entre Feyzin et Irigny, le Rhône a donné au Feyzin d’avant ses paysages de lônes, d’îles et de vorgines, si caractéristiques et si chers à de nombreux anciens. Si Frédéric Mistral fut le chantre de la Provence, Bernard Clavel, dans la majorité de son œuvre, fut le chantre du Rhône, le fleuve-roi : « Je te cherche, vieux Rhône, et te retrouve bien vivant à travers mille et mille souvenirs en rêvant de fleuves éternels, plus forts que les hommes et plus vieux que le temps. » (Le Rhône ou les métamorphoses d’un dieu, Hachette, 1979)




Pour se rendre "au Rhône", l'allée des Peupliers, qui devint ensuite l'allée des Platanes





                                     Photo Robert Sublet, bulletin municipal


Photo Combier, Mâcon


Le Rhône a longtemps servi pour la « descise » (descente) et la « remonte » (remontée) des bateaux. Les bateliers utilisaient de robustes chevaux qui tiraient les bateaux attachés par du chanvre le long des berges du fleuve. Georges Saunier, dans ses récits de Feyzin au passé simple évoque souvent les bords et abords du Rhône. « Les Feyzinois se rendaient volontiers en promenade aux guinguettes des îles. (…) Les îles dont la végétation échevelée, dans la brume enveloppante du soir, composait çà et là un paysage d’intense poésie. (…) [Dans les brotteaux, le Rhône] creusait des passages, et quand il se retirait, il restait de l’eau, plus ou moins dormante, dans ces délaissés qu’on appelle ici : les lônes. Une végétation exubérante poussait dans ces endroits fertiles, et ce fouillis d’arbustes et de plantes hautes, à dominante de saules et d’osiers, petite forêt vierge aux sentiers camouflés, c’étaient : les vorgines. Dans les brotteaux, ces bandes de terre où poussent les vorgines, entourées de lônes, c’étaient : les îles du Rhône ! »


Photo Robert Sublet, bulletin municipal


Dans Le seigneur du fleuve, Bernard Clavel écrivait : « Le fleuve a tracé sur cette terre jamais stable des itinéraires qu’il transforme de saison en saison. Il s’y attarde. Il explore le sous-bois. Il s’arrête sous les voûtes épaisses des branchages où bourdonnent des millions de moustiques et de mouches. Pour celui qui ne connaît pas, c’est la jungle. »

Pour traverser le Rhône, les habitants de Feyzin ou ceux d’Irigny utilisaient la traille, dans le quartier du Rhône, bien sûr. Cette traversée « loin d’être de tout repos » (G. Saunier) se faisait le matin et le soir. Le passeur en rajoutait parfois devant ses clients, avant le départ, mais il fallait aussi lutter contre le fleuve puissant et le vent mauvais.



Dans le bac à traille (Photos DR)














Le Rhône, fleuve puissant… Ceux qui, pour une raison ou une autre, tombaient dans le Rhône, avaient peu de chances d’en réchapper. Et le fleuve avait ses colères, les terribles crues qui ont marqué les esprits avant le grand chantier du canal de fuite de Pierre-Bénite et de la raffinerie. Les dernières crues remontent à 1955 et 1957. En 1957, je n’avais que 6 ans et je revois, sur la place des Razes, les barques des Sauveteurs de Feyzin. Mon père m’expliquait tout cela, et je comprenais bien. Je savais que le Rhône « débordait », venait  aussi jusqu’au chemin Sous-Gournay, créant un paysage irréel. Je revois même les grandes pages du journal Le Progrès avec les photos aériennes des crues. Puis lentement le fleuve repartait doucement dans son lit…

Crue de 1957 (photo Le Progrès)

Restaurant "Le Zoulou" (photo Le Progrès)
En 1971, parut dans Le Progrès un article avec cette question : « A Solaize, les 28 hectares sis entre canal et Rhône et propriété de Vernaison deviendront-ils zone de loisirs ou zone industrielle ? » Nous connaissons aujourd’hui la réponse. Je cite l’auteur de cet article : « Une longue bande de terre est restée ainsi en l’état, recouverte d’une végétation importante, avec encore de très beaux arbres (…) C’était il y a des années les lieux d’élection des « pirates du Rhône » alors que le fleuve roulait encore des eaux claires dans lesquelles vivaient et se reproduisaient de nombreuses variétés de poissons, de l’ablette au brochet, sans oublier la friture qui faisait ensuite les délices des gourmets. (…) C’était le rendez-vous des pêcheurs, des pirates, des amoureux… » Et d’évoquer les restaurants du « Zoulou » et de « La Pauline » Toujours est-il qu’un projet, d’un dénommé M. Tournier, directeur de la C.N.R., proposait de créer là un grand centre de loisirs de 70 hectares entre Rhône et canal, au sud de Lyon. Ne faisons pas de mauvais jeu de mots en disant que le projet est tombé à l’eau…

Bernard Clavel, dans Le Rhône ou mes métamorphoses d’un dieu déplore le « grand bouleversement » qui s’est produit dans les années 1960 : « On se penche toujours – et à juste raison – sur le sort des populations qu’une guerre ou un chambardement politique séparent de leur terre, on oublie trop les gens exilés au nom de cet autre monstre, de cet autre fléau pour certains : le progrès. » Et aussi : « Le chimique tue ce que des générations de paysans avaient eu tant de mal à préserver. Mais les terres se vendront aux promoteurs. Le ciment appelle le ciment. La vallée du soleil et du mistral où frémissait chaque année un printemps rose et blanc, devient peu à peu la vallée des fumées et des torchères. » (1979)


Vue aérienne du Château de l'Isle (parue dans Feyzin au passé simple, 1990) Le Château de l'Isle, détruit en 1961, faisait aussi partie du folklore du Rhône à Feyzin. Il n'a laissé que son nom à l'actuelle zone d'activité

 

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30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 13:18

 

Elle était très isolée, la poterie de Feyzin...là-bas...sous Gournay .

Aujourd’hui, je la situerais à l’emplacement de la société de transports frigorifiques dans la zone d’activité du Château de l’Isle.

Pour moi, c’était d’abord une ferme puisque c’était l’exploitation agricole d’un de mes oncles, Adrien Paillet. Mais ça n’était pas une ferme ordinaire puisque dès l’entrée, sur la droite de la cour, sous un grand saule, il y avait une chose inhabituelle : une grande fosse dallée, munie d’un accès en pente. Je n’ai jamais connu la fréquence de son remplissage mais je sais qu’on pouvait jouer à l’intérieur quand elle était vide, même y faire du vélo, mais qu’il était strictement interdit d’en approcher dès qu’elle avait été remplie avec des masses de terre glaise. Cette terre, c’était la matière première de la deuxième activité pratiquée en ce lieu. Un autre de mes oncles, Louis Paillet (le Ton’ Li) lui donnait toutes sortes de formes : il moulait, tournait, peignait et cuisait quantité de vases, de pots de fleurs, de bols, d’assiettes, d’articles de décoration…et même des pots de chambre !


 L'imprimeur a mis le pluriel... (photo parue dans "Feyzin au passé simple", 1990)

Pour la petite histoire, les jours de grand vent, mon oncle prévenait la maisonnée: "Bon, aujourd'hui, il va falloir préparer une camionnette de pots de chambre". Il faut dire que la poterie de Feyzin était le fournisseur de l'hôpital St Jean de Dieu et que ces jours-là, les malades étaient tellement excités qu'ils se balançaient les pots de chambre à la figure. Inévitablement, l’hôpital téléphonait à la poterie (le "2" à Feyzin) pour renouveler les précieux récipients. Voilà pourquoi, pour moi, l'image de l’asile d’aliénés, c'est un peu « Vol au dessus d'un nid de coucous » mais c’est aussi, à St Jean de Dieu, le concours de lancer de pots de chambre qui avaient été fabriqués à la poterie de Feyzin.

 

Heureusement, il n’y avait pas que ça et même si le Ton’ Li n’était pas à proprement parler un artiste, naissaient sous ses doigts des pièces que je n’ai jamais revues ailleurs. Ainsi en était-il de cette petite maison de 7 à 8 cm de façade, à porte ouverte et volets verts, couverte d’un joli toit rose à vraie cheminée. Cette petite maison était en fait un cendrier et je guettais le moment où les papas et les tontons allumaient une cigarette pour leur demander de la placer dans l’ouverture de la porte. J’avais ainsi le plaisir de voir sortir la fumée par la cheminée.


 
La poterie en 1966, avant sa démolition

Je revois l’atelier dans le grand bâtiment transversal: à droite, au-dessus du tour éclairé par la fenêtre, les pièces encore grises en train de sécher sur des planches, et à gauche, après avoir transité par le four, les pièces cuites et déjà décorées, telles les petites cruches fleuries et pendues par l’anse ou les pots à café, à sucre ou à farine avec leurs petits carreaux bleus.

J’ai encore en mémoire les rais de lumière traversant les fenêtres encombrées et l’odeur caractéristique de la glaise humide posée sur le tour du potier. Le Ton’ Li me faisait asseoir sur une caisse et j’observais sans rien dire les changements de forme, de hauteur, d’épaisseur jusqu’à la forme définitive.





C’étaient des gestes d’une autre époque et ça aussi, c’était quelque chose qu’on pouvait voir à Feyzin.


Marie-Paule BORIA

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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 18:54

La gravière de Feyzin  a eu pour origine la nécessité de transporter le gravier (d’où le nom de « gravière ») sur le chantier de la voie ferrée en 1911, qui prévoyait le passage de deux voies ferrées à quatre. Le Rhône eut tôt fait de remplir cette gravière, qu’on appelait la grande, car il existait déjà une petite gravière au sud. Une petite locomotive à vapeur pour voie étroite remontait le gravier jusqu’aux Razes pour l’élargissement de la voie ferrée.


Cette photo, sur laquelle posent les ouvriers, me fait curieusement penser à celle de la jonction des voies ferrées du transaméricain en 1869, à une autre échelle bien sûr (ci-dessous).

resize-transcontinental.jpg





Ainsi naquit la mythique gravière de Feyzin qui vécut seulement cinquante années. Son existence a été interrompue par le chantier de la raffinerie et du canal de fuite de Pierre-Bénite.

Le grand bassin était entouré d’immenses arbres de toutes sortes. Aucune habitation à moins de un à deux kilomètres (les guinguettes de l’allée du Rhône), le lieu idéal pour les flâneries du dimanche ou du soir, pour les pêcheurs et les mariniers (et les pirates du Rhône la nuit), pour les activités nautiques (baignades, barque, water-polo) et surtout pour les célèbres joutes rhodaniennes, avec la clique des Sauveteurs de Feyzin (dont a parlé Georges Saunier dans ses récits de Feyzin au passé simple).


La fanfare des Sauveteurs de Feyzin à la gravière (photo de M. Verrier)


La fête nautique de Feyzin était synonyme de fête tout court pour toute la commune. De nombreux riverains venaient s’ajouter aux centaines de Feyzinois pour assister aux diverses compétitions dont le point d’orgue était les joutes, réminiscence aquatique des combats de chevalerie du Moyen-Age.

La XIIe fête nautique à la gravière en 1919


Georges Saunier raconte (Feyzin au passé simple, 1986) : » Le rythme particulier du tambour scandait de plus en plus vite les mouvements des rameurs. Pendant ce temps, les deux athlètes, en tenue traditionnelle, dressaient leurs lourdes lances, puis, s’arc-boutant, se campant sur le tabagnon, chacun abaissait lentement la sienne dans la direction précise du centre du plastron de son adversaire. Un bref roulement de tambour. Un court instant de silence absolu et… la terrible poussée des deux hommes. Parfois les lances se rompaient dans un craquement sec, annonciateur d’une rafale d’applaudissements venus des gradins. Hommage suprême du vainqueur qui n’avait pas été ‘mouillé ‘ : il plongeait en direction de son adversaire, et, dans l’eau lui donnait l’accolade ! »

Les joutes dans les années 1920 (photo de M. Verrier)


Nous les gosses, nous étions aux anges. C’était une fête aussi pour les yeux et pour les oreilles, le mouvement, les couleurs, le bruit de la foule, la fanfare, tout cela dans la chaleur du mois de juillet, c’était un bonheur. Nous ne tenions pas en place, je me souviens que je cherchais toujours le meilleur point de vue pour voir s’affronter les jouteurs.

 Mais la dernière fête nautique, en 1962, avait un petit goût amer, car tous les Feyzinois savaient que la gravière allait disparaître à jamais.

La dernière passe de joutes en 1962 (photo de Robert Sublet)


La gravière de Feyzin, pour de nombreux Feyzinois, symbolisait un peu le lieu naturel par excellence du Feyzin d’avant. Ce lieu était un bonheur pour les amoureux de la nature. La gravière était notre petit lac. Un peu à l’écart du village, c’était nos petites vacances à nous, échafaudées autour des pique-niques, de la baignade, des chambres à air de camion, des cris, des éclaboussures, des balançoires improvisées dans les branches flexibles des saules et, par les grosses chaleurs de l’été, de l’air frais du courant du Rhône, tout près.

Le bassin de la gravière en 1938 (photo de M. Basson)


Enfant, j’aimais ce site qui était un véritable enchantement, surtout lorsque s’y déroulaient les joutes et autres fêtes nautiques.

Le combat inégal de la puissance technologique sur la nature nous en a privés, nous, les gones du Feyzin d’avant la raffinerie, et nous avons assisté, un peu troublés, un peu émus, à la disparition de ce lieu magique de notre enfance.













(photos DR)





Nous avons dû offrir bien malgré nous ces lieux aux investisseurs économiques. Mais qu’on me laisse imaginer, même si c’est trop tard, une allée du Rhône qui rejoint un petit parc naturel d’observation de la flore et de la faune ou un parc nautique où l’on puisse continuer à se divertir sans pollution. Qu’on me laisse, à la veille de la retraite, devenir un peu nostalgique de tous ces bonheurs et ces émotions passés qui auraient pu aussi faire le bonheur de petits Feyzinois à venir…

 

Cette photo de Robert Sublet (dernière passe de joutes) parut dans un bulletin municipal feyzinois

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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 15:39
Quelques (belles) photos de Dominique Bailly sur ce lieu décidément original m'obligent de façon incontournable à revenir sur le fort de Feyzin.
Avant toute chose, une précision importante de Dominique : en archéologie, le code prévoit de tenir compte des zones sensibles dans les futurs aménagements, mais il prévoit aussi des sanctions pour les manieurs de pelles et de pioches, si cela n'est dûment accrédité par les organismes officiels. On est propriétaire du sol, mais pas de ce qui est en-dessous. Donc on peut ramasser ce qui est en surface, mais défense de gratter ! Vous voilà prévenus.
Pendant sa visite du fort, Dominique a fait quelques photos. Voyons voir...



La caserne du cavalier. Se trouvent dans ces parages deux ânes, que la municipalité utilise pour l'entretien du couvert végétal de l'enceinte. Mais où sont les daims qui vivent aussi dans les alentours ?




Cette photo est l'une des fresques murales du théâtre, aménagé dans l'une des poudrières














Celle-ci est inspirée de la BD "Pim Pam Poum" et se trouve dans la cuisine
























Un des rares vestiges de l'armement du fort : un wagonnet à obus

























Cette photo a été prise dans la geôle. Les inscriptions sur le mur sont assez étranges. Elles sont en allemand et en dialecte germano-autrichien. Elles ont été laissées par des prisonniers de guerre qui, semble-t-il, auraient travaillé dans des fermes de Feyzin, entre autres. Elles sont datées (1946), elles font référence au poète Götz von Berlinchingen. Voici la traduction approximative du texte : "De nouveau une journée s'est écoulée, et de nouveau je n'ai rien fait ; bonne nuit à mes soucis, allez vous faire foutre jusqu'à demain, demain avec le même [illisible], recommencera la même merde". L'orthographe et l'usage dialectal montre un niveau socio-culturel assez bas, m'a dit mon traducteur de service. On y voit aussi un compte à rebours, "vorbei" (terminé) et des noms.




Merci à Dominique Bailly pour ces photos, et merci aussi à Marie-Paule Boria pour cette belle dernière :



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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 18:21

Ce fameux Fort, si mystérieux, si secret, si dissimulé, on se demandait bien s'il existait. On nous en parlait à l'école, dans le cadre des cours sur la Commune de Feyzin. Mais on ne l'avait jamais vu. On savait vaguement où il se trouvait, près de la Route de Corbas, là-bas dans les bosquets. Et un jour, le Fort fut rendu aux Feyzinois. En 2003, la Mairie de Feyzin en faisait l'acquisition et mettait en place un "comité stratégique" pour réfléchir à l'usage de cette nouvelle immense bâtisse de Feyzin. La Ville de Feyzin publia une plaquette sur le Fort de Feyzin :


Dominique Bailly, grand historien devant l'Eternel, m'a transmis le document qui suit. Vous saurez tout sur le Fort de Feyzin grâce à ce véritable guide, comme si vous y étiez !


Le fort de Feyzin

 

Présentation inspirée de la visite organisée pour les adhérents de Mémoires Corbasiennes, le samedi 25 novembre 2006, sous la conduite du colonel Bonijolly et par les divers documents que j’ai pu glaner de ci de là. Pour ceux désirant des informations supplémentaires voir aussi :

 

 

  1. L’ouvrage sur les défenses de Lyon de Dallemagne & Fessy. Le croquis-type de la page 248 correspond tout à fait à la physionomie du fort de Feyzin. Dans la monographie des différents forts, un paragraphe est dédié à celui de Feyzin (p. 175 à 183). A signaler aussi deux photographies de la caserne du cavalier pages 151 & 152.

 

  1. Un site Internet mérite le détour : www.fortiff.be . Il dresse un état des lieux en juillet 2003. On peut y admirer une trentaine de photos, dont certaines sont uniques. Deux d’entre elles représentent les fresques du magasin à poudre, qui a servi de théâtre pour la troupe, avant qu’elles ne soient dégradées par l’incendie du plancher de la poudrière.

 

 

 

Le fort, situé au sud de la ville de Lyon, a été édifié entre 1875 et 1877 sur la rive droite du Rhône, au sommet d’une moraine glacière. Celle ci était donnée à 232 m d’altitude sur une carte de 1869. L’inscription portée sur le pilier droit de la grille du ravelin indique 227.70 m.

 Il fait partie du troisième secteur de défense de Lyon ; le plus important de la place.

 

C’est l’une des quatre plus grandes fortifications de la ceinture de Lyon avec celui du mont Verdun (1874) et ceux de Vancia (1875, nord de Lyon) et de Bron (1875, est de Lyon). Il est de forme pentagonale et comporte 7 saillants. Sa superficie en fait l’ouvrage le plus important de la place de Lyon (22000 m² dont 10000 m² habitables). Il est flanqué des ouvrages d’Irigny et de Corbas.

 

Ce type de gros chantier, était adjugé dans le cadre de marchés de travaux, attribués à un seul entrepreneur. Le gros des ouvriers était constitué de manœuvres. Les corps de métiers comportaient des mâçons, des tailleurs de pierre, des charpentiers, des menuisiers, des ferronniers, des peintres ainsi que des vitriers.

 

Lors de l’édification de ces ouvrages, la main d’œuvre locale insuffisante conduisit les entreprises de terrassement à recruter de nombreux Italiens. Pourtant ces fortifications furent projetées pour faire face à la menace que représentait l’Italie à l’époque. Il fallait compter en gros 500 terrassiers par chantier. D’après les indications portées dans le dénombrement de la population feyzinoise en 1876, il y avait 359 ouvriers sans domicile fixe employés aux travaux du fort ainsi que 4 militaires du second régiment du génie.

 

Un état des chevaux de l’entrepreneur Raffin de la bégude, mentionne 28 chevaux employés aux travaux du fort, au 12 novembre 1877.

 

 

L’entrée :

 

Elle est située sur la face arrière du fort. Comme elle constitue le point faible de toute enceinte fortifiée, on la renforce par tout un système défensif.

 

 

Le Ravelin levée de terre, affectant la forme d’un triangle, surmonté d’une banquette d’infanterie où l’on poste des fusiliers en cas d’attaque. Son entrée est close par une forte grille (celle d’origine ayant disparu, a été remplacée par la municipalité). Son rôle est d’empêcher un tir direct contre l’entrée du fort.

 

Le chemin d’accès au fort est coudé de façon à ce que les assaillants ne puissent prendre la porte en enfilade. Une casemate d’infanterie, dont l’accès se fait uniquement au moyen d’une passerelle mobile, permet aux fantassins de le tenir sous leur feu. Une fois enfermés dans leur retranchement ces hommes sont coupés du reste de la garnison. Ils sont en « enfants perdus ».

 

Un fossé sec fait tout le tour du fort. Pour y accéder, il faut traverser le pont bordé de rambardes en ferronnerie et dont une partie est inamovible (elle est dite dormante) et l’autre peut être rétractée.

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Le pavillon d’entrée comprend un passage charretier, le mécanisme de la partie mobile du pont roulant ainsi que les bâtiments situés de part et d’autre. Ils englobent le logement du commandant du fort, le poste de garde, les logements disciplinaires ainsi que les poternes d’accès au fossé. A signaler dans une cellule la présence d’inscriptions laissées par ses divers occupants, dont certaines de la main de prisonniers internés ici à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

·         Le fort de Feyzin avec l’hôpital de Vénissieux et les annexes de la bégude (femmes) et St Priest (officiers hongrois et autrichiens) constituaient le dépôt n°141 et totalisaient 8900 prisonniers de guerre de l’axe.

 

·         Lors de la rafle et des internements d’août 1942, le fort de Feyzin avait été choisi par les services de la préfecture pour servir de camp de réserve.

 

 

La gorge, zone en renfoncement qui encadre l’entrée, est défendue par deux plateformes d’artillerie surmontant les côtés de la courtine (zone en retrait de l’axe des murs d’escarpe) lesquelles sont dotées de canons à l’air libre. Cette artillerie dite de flanquement de la gorge, permet de la prendre en enfilade. La plate forme ouest a été détruite lors de la création d’une voie d’accès permettant de descendre dans le fossé de gorge.

 

Le mur intérieur du fossé (côté fort) est appelé l’escarpe. A Feyzin il est à escarpe attachée car le talus de rempart arrive en haut du mur. La contre escarpe est le mur du côté extérieur. A l’origine, seul ce dernier était en béton. Le mur d’escarpe fut édifié en terre coulante (pente de 45°) et ne fut bétonné que 30 ans plus tard. C’est pour cette raison qu’il affecte un fruit important. La partie située au delà du mur de contre escarpe s’appelle le glacis. Sa pente est calculée pour que les tirs d’infanterie soient rasants. Il est planté d’arbres qu’on laisse pousser en temps de paix. En cas de conflit, on les coupe à 1 m du sol. Le bois coupé est rentré au fort pour servir de bois d’œuvre puis les troncs, réunis par du fil de fer barbelé. Des banquettes d’infanteries sont disposées sur le pourtour du fort.

 

La porte est défendue par des meurtrières ainsi que des ouvertures en arc de voûte (créneaux de pied) qui permettent de laisser tomber des grenades. Le fronton est très travaillé. La maçonnerie de la façade du pavillon de garde est en « opus incertum ».

 

Le pont roulant sur chariot à effacement longitudinal fonctionne de nouveau depuis que la municipalité l’a restauré. Il est monté sur un chariot et se manœuvre à l’aide de deux manivelles. Il coulissait sous la porte blindée. Ce type de pont, qui s’escamote dans le sens de la longueur, est le moins courant. Les tôles du bas, qui ont été rajoutées, bouchent le passage par lequel il passait sous la porte.

 

La tenaille est la partie du couloir d’entrée comprise entre la grille et la porte blindée. De part et d’autre, elle est prise sous le feu de meurtrières qui assurent la défense rapprochée. Une fois celle ci traversée, on arrive enfin au pavillon d’entrée puis on pénètre dans la cour extérieure dite des flanquements.

 

 

Le casernement de la troupe :

 

La garnison des forts était généralement placée sous le commandement d’un artilleur. Outre les artilleurs, leur effectif englobait aussi une compagnie d’infanterie et quelques hommes du génie. En temps de guerre le fort de Feyzin pouvait accueillir plus de 800 hommes. Si l’on en croit les dénombrements de population de la commune la garnison était forte de :

 

10 hommes en 1881                                                5 hommes en 1901

16 hommes en 1886                                              10 hommes en 1911

  6 hommes en 1891                                                un homme en 1926

10 hommes en 1896                                              80 hommes en 1936

 

En 1891, manœuvre de brigade, du 13ème corps d’armée à Feyzin.

 

Durant la première guerre mondiale, le fort servit de casernements lors du regroupement des troupes envoyées au front.

 

Le fort était gardé par un concierge. En avril 1932, l’intendant militaire de Lyon et le colonel Girard chef du génie, louèrent à Mr Charles Rouville habitant de Feyzin, un logement de trois pièces situé au rez de chaussée de la caserne du Parados et un jardin de 4 ares dans les dépendances du fort pour 250 francs/an.

 

En 1934, les hommes d’un détachement du 402ème régiment de DCA séjournèrent au fort du 21 au 28 août. Il faut croire que les casernements n’étaient pas très habitables. Trois officiers furent logés chez Tronel (château de la bégude) ; Cinq officiers chez Genin à la balme (mairie) ; huit hommes dont un brigadier-chef chez Rama (RN7) ; un officier, deux sous officiers et 24 hommes chez Potier (château route de Vénissieux).

 

En 1940, deux compagnies de la garnison du fort étaient logées hors les remparts. Une compagnie était cantonnée dans les anciens Ets Roux Soignat (le hurlevent) et une autre dans la maison Janez à la Tour.

 

La première caserne est dite de « parados » (derrière le dos des combattants) et porte sur son fronton les dates de la durée du chantier de construction du fort : 1875 / 1877. Elle fut réalisée avant la réception des consignes de Séré de Rivières, ce qui explique que son architecture diffère de celle de toutes les autres casernes de la ceinture dite « Séré de Rivière ». Elle comporte 17 travées sur deux niveaux. L’inférieur abrite des magasins et le supérieur des logements. Les chambres sont protégées par une épaisseur de 2 à 3 m de terre. On peut voir au niveau des linteaux de fenêtres, des cornières métalliques qui reçoivent le blindage en temps de guerre. Une fois toutes les issues extérieures ainsi obstruées au moyen de madriers de bois, on utilise les galeries souterraines desservant l’arrière des casernements. On devait alors s’éclairer au moyen de lampes à huile, de chandeliers et de lanternes à main.

 

 

Un poêle à bois ou à charbon assurait le chauffage dans chaque casemate. Les chambrées étaient prévues en théorie pour 60 hommes.  

 

Des galeries enterrées permettent de circuler dans le fort tout en restant abrité. Leurs murs sont en pierres et leurs voûtes en maçonnerie. De nombreuses huisseries sont encore en place.

 

Les locaux techniques situés en arrière de la caserne du parados regroupent tout ce qui a trait à l’eau, au pain et à la cuisine. Ils abritent aussi le réfectoire.

 

Le puits profond de 67 m conserve encore sa pompe à bras, l’installation de la pompe électrique, ainsi que l’appareillage qui servait à descendre une nacelle lors des opérations de curage. On peut aussi voir un lavoir et des lavabos où l’on faisait sa toilette à l’eau froide. Le fort fut alimenté en eau potable par la commune à partir du 04 avril 1936.

 

En face se trouve la boulangerie (les douches dans la partie droite sont plus récentes). Il y a deux fours à pain contigus ainsi que deux potagers (à l’emplacement de la planche et du mur de briques). Les potagers sont des fours à braise destinés au chauffage des aliments. A signaler une fresque murale traitée façon bande dessinée. La capacité des fours à pain était comptée en rations (une ration = 750g de pain par homme et par jour).

 

Les forts sont dotés d’un réseau d’évacuation des eaux usées très perfectionné, où un homme peut tenir debout, afin de conserver les fossés secs.

 

En arrière se trouve une seconde caserne dite du « cavalier ». C’est un massif situé en arrière du rempart et qui constitue une deuxième crête de feu permettant de voir par dessus la première (comme les chevaliers pouvaient voir par dessus les troupes à pied dans les armée médiévales, d’où le terme cavalier). Les murs sont faits de matériaux locaux : pierres blanches de Villebois, granite d’Irigny, pierres rougeâtres de Couzon.

 

 

Le cavalier a été édifié conformément aux consignes de Séré de Rivières : pilastres, fenêtres triples, … Il comporte trois niveaux. Les casernements sont constitués de pièces rectangulaires voûtées séparées les une des autres par des piédroits. Chaque voûte est auto stable par rapport aux autres pour éviter l’effondrement de toutes les casemates au cas où l’une d’entre elles soit détruite. Un doublage de briques permet d’isoler les pièces de l’humidité. Les casernements sont protégés par une importante couche de terre et desservis, à l’arrière, par un couloir souterrain. Les portes et fenêtres donnant sur l’extérieur pouvaient être obturées par des blindages. On retrouve ce type de caserne dans toutes les constructions postérieures au fort de Feyzin.

 

De chaque côté une rampe permet d’accéder au pas de tir. L’alignement de traverses abris est impressionnant. Des magasins occupent la partie centrale du rez-de-chaussée. Les deux extrémités abritent des locaux techniques tels les latrines, la forge ou des cages d’escalier. Les chambres sont au premier étage. Le troisième niveau abrite l’entresol de batterie. Ce bâtiment surplombe la cour intérieure dite des remparts.

 

Entre le cavalier et la caponnière du saillant existe une troisième cour appelée cour des caponnières.

 

 

L’armement :

 

L’artillerie d’un fort tel que celui de Feyzin comportait 60 bouches à feu. Il y avait quatre catégories de canons.

 

L’artillerie lourde longue qui tire à tir tendu :

 

·         24 rayés, deux places, en bronze avec recul en 1874

·         Puis138 mm en bronze avec culasse ouverte vers1878/1879

·         Ensuite Canons en acier de 120 & 155 mm en 1880

 

L’artillerie courbe faite pour tirer sur les glacis :

 

Mortiers en bronze de 15 (portée 200 à 300m) ; de 16 ; de 22 et de 27 cm (portée 800m). A Feyzin, il y a huit casemates de feu à tir indirect (mises au point en 1874).

 

L’artillerie de flanquement destinée à couvrir la gorge et les fossés :

 

·         Deux canons à l’air libre au niveau de la gorge

·         Canons des caponnières (10 pièces à Feyzin)

 

L’artillerie de sortie de la compagnie d’infanterie :

 

Batterie de campagne tractée par des chevaux destinée à appuyer l’infanterie lorsqu’elle doit tenter une sortie hors du fort.

 

En 1914, un état des ouvrages, mentionne le fort de Feyzin comme étant terminé et que le nombre de pièces pouvant être mises en batteries au moyen de la garnison et sans avoir à réaliser des travaux conséquents était de 6 pour les remparts et de 15 pour les flanquements.

Une carte d’avril 1914, indique pour Feyzin une batterie de 120 ainsi qu’une de 155. D’autres documents de la même année mentionnent un télégraphe et une infirmerie de 64 lits.

 

 

L’essentiel des canons est disposé sur des plateformes à l’air libre car la poudre noire émet énormément de fumées toxiques. Ces postes de tir sont encadrés par des traverses abris qui les protègent du feu de l’ennemi.

 

Le fort de Feyzin possède une batterie basse car une partie de son artillerie est placée en avant du massif central par delà la rue du rempart (chemin reliant entre elles l’ensemble des traverses abris). Il possède aussi une batterie haute disposée sur un cavalier d’artillerie qui surmonte un casernement.

 

Les casemates à tir indirect sont toutes placées en arrière de la rue des remparts, dans le parados en arrière de parapets d’infanterie. Ces casemates de protection de l’artillerie courbe sont regroupées deux par deux avec entre elles un magasin à munition. Elles encadrent la caserne du parados et son desservies par une galerie de flanquement. On peut encore voir des wagonnets qui servaient au transport des obus ainsi que des tronçons de rails métalliques. A chacune des deux extrémités se trouve une écurie. Celles ci abritaient les chevaux nécessaires aux manutentions. Deux de ces casemates (sur le côté Est du parados) ont reçu des aménagements postérieurs : implantation de lavabos pour l’une et transformation en porcherie pour l’autre.

 

Les traverses abris protégeaient les plateformes d’un tir en enfilade. Dans chacune d’elles, il y avait 3 artilleurs et 9 auxiliaires. Elles servaient aussi à abriter un stock de munitions de sécurité. Dans le fort de Feyzin, certaines comportent en plus une casemate de tir direct. On remarque deux échancrures de part et d’autre de l’embrasure. Elles permettaient de déplacer latéralement le canon afin de le doter d’un champ de tir plus important. Un escalier monumental permet de rejoindre les niveaux inférieurs. Un monte charge permettait de monter les canons. On peut voir le crochet de fixation dans la voûte. Il y a enfin deux couloirs appelés « bras de traverses » qui permettent d’accéder aux plateformes d’artillerie des canons de 120, disposés à l’air libre.

 

Les batteries, ainsi disposées à ciel ouvert sur les crêtes d’artillerie dominant les dessus du fort, étaient protégées des tirs directs par un parapet en terre. Les canons étaient entourés sur les côtés par deux levées de terre appelées traverses qui les protégeaient des éclats d’obus et des tirs en enfilade. Enfin, la plateforme de tir était protégée des tirs de revers, ou « à dos », par le massif de terre recouvrant les casernements du parados (d’où son nom).

 

 

Les magasins à poudre :

 

Les poudrières sont au nombre de deux et sont situées à l’écart des casernes. Leur capacité est de 70 tonnes. Les obus étaient livrés vides et stockés en attendant d’être remplis. La poudre noire était livrée en caisses et devait être stockée à l’abri de l’humidité. Pour cela, la zone de stockage était entourée d’un vide sanitaire. De plus un plancher isolait les caisses du sol et une gaine d’aération reliait directement cette salle à l’extérieur. Tous ces aménagements entraînaient une circulation d’air tout autour des pièces évitant ainsi les infiltrations d’eau et les remontées d’humidité. L’un des deux magasins à poudre détourné en théâtre, a vu ses murs décorés de cartouches avec fresques, représentant des scènes de music-hall.

 

L’atelier de chargement des obus se trouve à l’une des entrées de la poudrière. C’est là que l’on chargeait les obus avec la poudre fine et qu’on remplissait les gargousses. La poudre grossière était utilisée pour la propulsion des projectiles.

 

Tant dans la poudrière que dans l’atelier de chargement, toute source d’éclairage directe était proscrite afin d’éviter tout risque d’explosion. Ces locaux ne pouvaient être éclairés qu’au travers de hublots en verre forts épais (20 mm). Un couloir ainsi qu’un escalier situés sur le côté permettent d’accéder à la chambre des lampes à pétrole ; lesquelles étaient équipées de réflecteurs et séparées  du magasin par des vitres carrées.

 

Les archives municipales de Feyzin conservent un registre des munitions des forts de Feyzin et de Corbas. Ce document comporte aussi des relevés météorologiques des années 30 ainsi que les plans de divers locaux dont ceux des caponnières reproduits ci après.

 

Les caponnières :

 

Sous la caserne du cavalier part la galerie d’accès de la caponnière de saillant. Deux grilles disposées à chacune de ses extrémités permettent de limiter les infiltrations de l’ennemi. L’entrée de la caponnière est défendue par un poste de garde. Deux meurtrières permettent de faire feu au niveau de la grille. Dans le long couloir souterrain il y a un puits de lumière qu’on peut obstruer à l’aide de madriers. Sur les murs, de loin en loin subsistent des plaques de bois qui correspondent aux emplacements des lampes à pétroles utilisées pour éclairer les lieux.

 

Le fossé ne constituant pas un obstacle suffisant contre les assauts de l’infanterie ennemie, il est défendu par des casemates basses saillant sur le mur d’escarpe appelées caponnières. Elles sont reliées aux casernements une galerie souterraine, en plan incliné.

 

La caponnière du saillant du fort de Feyzin est exceptionnelle par sa taille du fait qu’elle possède des flancs à 3 embrasures. C’est la plus grande de la ceinture de Lyon. Les autres forts n’ont que deux embrasures sur chaque flanc de caponnière.

 

Elle est dotée de deux batteries d’artillerie qui battent chacune un fossé. Chaque batterie est forte de trois pièces parce qu’à l’origine le fossé d’escarpe fut réalisé en terre coulante. Son gabarit se trouva ainsi plus large que lorsque les deux murs du fossé sont bétonnés.

 

Deux poternes permettent de gagner les fossés de front. Une galerie de fusiliers permet de tirer par les embrasures d’infanterie ou lancer des grenades par les créneaux de pied sur les assaillants qui parviendraient dans le fossé.

 

Les servants des pièces sont protégés par une visière qui se trouve en avant de l’embrasure de tir (tunnel en avant du poste de tir). On peut encore voir des pitons de fixation des pièces d’artillerie fichés dans le sol ainsi qu’un créneau pour canon de 12, culasse.

 

Les caponnières sont entourées d’un fossé creusé plus bas que celui qui entoure le fort. C’est le fossé diamant destiné à recueillir les débris de maçonnerie détachés par les bombardements afin qu’ils n’obstruent par les embrasures.

 

Il y avait deux types de pièces pour tirer de la mitraille (sortes de grosses cartouches de chasse avec à l’intérieur des balles de 2 cm de diamètre). Les obus étaient à proscrire car ils auraient détérioré les murs du fossé.

 

·         Avant 1880 : canons de récupération en bronze modifiés se chargeant par la bouche puis canons de 12, culasse

·         Apparition des canons revolvers Hotchiss en 1879

 

Les orillons de caponnière dotés de créneaux horizontaux prolongent la galerie et permettent aux fusiliers de protèger les batteries. Ils diminuent l’angle possible des tirs susceptibles d’atteindre les embrasures.

 

En face des orillons, on peut voir les portes d’accès et les meurtrières des galeries de contrescarpe où l’on postait aussi des fusiliers. Il y avait là des amorces de galeries ou de contre mines. C’était des galeries de 10 à 15 m de long avec des postes d’écoute du bruit que pouvait faire l’adversaire en creusant une galerie pour venir miner la caponnière afin de la faire sauter. On déterminait alors la direction d’où provenaient les bruits de creusement et l’on s’empressait de creuser à son tour une galerie afin de miner et pulvériser celle de l’adversaire.

C’est ces galeries qui ont accrédité la légende qui veut que les forts soient reliés entre eux par des galeries souterraines.

 

Le fort possède aussi deux demi-caponnières de flanc, chacune armée d’une batterie de deux pièces d’artillerie. Là aussi, des poternes permettent de rejoindre les fossés de flanc. Une galerie de fusiliers et un orillon de caponnière assurent la défense des batteries.

 

 

                                                                    D. BAILLY Avril 2007


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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 15:37
De nouvelles photos de l'époque des soirées à thème étant disponibles, nous revenons au Cercle de Feyzin. En fait le Cercle-Foyer, qui était alors présidé par Georges Saunier, comme l'indiquait Gaston Riffart (correspondant local pour Le Progrès de Lyon) dans cet article (non daté) :

On se souvient alors que les soirées à thème (bals costumés, repas des Rois) étaient devenues une tradition pour la nuit de la Saint-Sylvestre.

Cette photo n'a jamais existé ! Je m'explique : on faisait développer les pellicules photos, et le photographe ne développait pas les photos ratées ; celle-ci était considérée comme ratée car quelqu'un passait devant l'objectif. Un petit coup de recadrage et hop, le négatif scanné donne une photo toute neuve (ou presque), si je puis dire : la soirée Repas des rois (1965 ?)



















Les thèmes retenus pour les nuits de la Saint-Sylvestre, à l'époque, étaient le Tyrol (avec choucroute et bière), les guinguettes des îles du Rhône et d'autres, oubliées sans doute.


La soirée Bal costumé, avec sur la scène, la revue des costumes, devant la foule. Notez les inusables tableaux peints, sur la scène (servant de décors passe-partout, dont parlait Marie-Paule dans l'article précédent sur le Cercle)












Vous avez vu, à droite, il y avait même Ringo Star (des Beatles) à cette soirée...
(faites un zoom et vous verrez si ce n'est pas vrai)






















La photo controversée, enfin à l'endroit (c'est normal, le négatif avait été scanné à l'envers) ; on retrouve le bar au fond à droite et enfin le papa de Marie-Paule à l'endroit... Ah la la !...



















Par la suite, je crois que c'est le Comité des Fêtes de Feyzin qui reprit l'idée pour les Nuits de la saint-Sylvestre, et cela se passait dans la toute nouvelle salle omnisports de la place des Razes, qui pouvait accueillir un public très nombreux.
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18 janvier 2009 7 18 /01 /janvier /2009 17:26

Dominique BAILLY m' a transmis le document ci-dessous, reproduit tel quel, sur les sites archéologiques de Feyzin déterminés par le Code du patrimoine.
A vos pelles et pioches, il y a de quoi faire !



FEYZIN ( 69 )

NOTICE DE PRESENTATION DES ZONES ARCHEOLOGIQUES DE SAISINE

L’article L.522-5 du Code du patrimoine prévoit que dans le cadre de l’établissement de la Carte archéologique, l’Etat peut définir des zones où les projets d’aménagement affectant le sous-sol sont présumés faire l’objet de prescriptions archéologiques préalablement à leur réalisation.

A ce titre, ont été définies sur la commune de Feyzin treize zones dont les délimitations s’appuient sur le passé archéologique riche de la commune, et sur le potentiel de l’urbanisation.

Les zones ainsi délimitées sont les suivantes :

1- Les Rases – Carré Brûlé

Eglise et cimetière du Moyen Age, l’église fut détruite en 1850, elle figure sur le cadastre napoléonien et était située en bas de la Montée des Gorges.

Pour le Moyen Age, les mentions d’archives viennent compléter les sites repérés sur le terrain. Durant cette période, Feyzin a fait l’objet de querelles pour sa possession entre les seigneurs de Chandieu et les archevêques de Vienne.

Au VIIème siècle, le territoire de Feyzin appartient à l’Eglise de Vienne, et apparaît sous le nom de «

 

Ager Fascium ». En 1040, un chevalier de Chandieu renonce à ses possessions sur Feyzin en faveur de l’archevêque de Vienne.

En 1157, l’église de Feyzin est mentionnée dans le Cartulaire de l’Eglise Saint-André-le-Bas de Vienne. Elle appartient à l’archevêque de Vienne. Plus tard, des documents conservés aux Archives Départementales de l’Isère citent l’hôpital et le village de Feyzin comme relevant de la seigneurie de Chandieu et du Comte de Savoie en 1241. En 1310, Jean de Chandieu vend la seigneurie qu’il possédait à Feyzin.

Maison-forte du Moyen Age (Carré Brûlé), dont on peut encore apercevoir des vestiges de fortifications.

2- Les Rases

Motte castrale médiévale, conservée vers la rue du Dauphiné et surmontée d’une croix.

3- Les Rases

Sépultures d’époque indéterminée

4- Le Fort

Indices de site protohistorique et gallo-romain

5- Les Figuières

Indices de site protohistorique : céramiques

Indices de site médiéval : céramiques

6- Mas de la Pierre

Villa gallo-romaine

7- Chariéton

Indices de site préhistorique : silex

Indices de site protohistorique : céramiques

site gallo-romain : tegulae

8- Les Roussettes

Indices de site protohistorique : céramiques

Indices de site gallo-romain : tegulae

9- Beauregard

Sépulture d’époque indéterminée

10- La Tour

Structure funéraire gallo-romaine

Mur médiéval

Prieuré du Moyen Age, édifié en1252, par l’archevêque Jean de Bernin, qui bien que fortement modifié, possède encore des vestiges médiévaux.

11- Chariéton

Indices de site gallo-romain : céramiques et tuiles

12- Sous le Pin – Les Charrières – La Sangladière

Villa

 

 

gallo-romaine mise au jour en 1851, en partie fouillée et étudiée.

Indices de site gallo-romain : céramiques et tegulae

13- La Radio

Indices de site protohistorique et gallo-romain

Vu pour être annexé

à l’arrêté n° 05-311

du 1

er juillet 2005

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 16:17

A la demande générale (la mère aux mirons, la copine de Thierry, la mère la plus punk et l’agasse, entre autres), je vais vous parler de ma mère-grand, qui fut un personnage typique de Feyzin.

Née en 1881, ma grand-mère avait des ascendances ardéchoises, ce qui explique peut-être quelques traits de caractère que je vais évoquer ici. Ma grand-mère, Angèle AYME, née Caillot, fut une maîtresse femme. Epouse du chef de gare mon grand-père, elle fut veuve en 1931. Elle dut poursuivre la tenue du commerce rue des Razes, à côté de la pharmacie, commerce qui fut d’abord bureau de tabac puis boulangerie. Comme je l’ai déjà écrit précédemment, ma mère, très jeune, devait porter le pain « dans tout le pays ». Lorsqu’elle rencontra mon futur père, leur liaison fut très discrète, car mon père était fils d’immigrés italiens, et ma grand-mère pensait que jamais sa fille n'épouserait un tel homme. Pourtant, en 1935, elle dut s’incliner, le mariage eut lieu et mes parents vécurent en cohabitation avec ma grand-mère dans la boutique qui n’existait plus alors et qui fut devenue une simple habitation.

Ce fut une grande épreuve pour mon père, que de vivre chez sa belle-mère. Lorsqu’il décéda (en 1992), il a dû monter directement au Paradis rien que pour cela…

Ma grand-mère avait une présence très caractérisée auprès de mes parents, au point de surveiller  sans discrétion leur art de vivre chez elle. Bien que ma sœur aînée - qui fut comme on dit « élevée » par ma grand-mère (parce que mes parents travaillaient)- racontait souvent qu’il y avait de bons moments dans la maison Ayme, il dut y avoir aussi des moments bien pénibles pour mes parents. Mais c’était ainsi, on ne quittait pas facilement ses parents à cette époque. Agée, ma grand-mère passait la plupart de ses journées dans sa chambre ; mais combien de fois on la voyait se cacher pour écouter les conversations. Elle avait bon pied bon œil, et l’ouïe fine ! Elle pouvait, de la fenêtre de sa chambre, voir l’heure au clocher de l’église. Elle possédait une paire de lunettes qu’elle utilisait rarement (pour lire notamment un antique traité de médecine générale).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, ma sœur Denise naquit, puis, après la Libération, ma sœur Nicole. Ma grand-mère dit alors tout haut que mon père allait remplir la maison de filles. Ma grand-mère, qui aurait plutôt désiré un petit-fils, prit en aversion cette petite troisième. De ce fait, mon père finit par se fâcher, et la brouille s’installa entre mon père et sa belle-mère et pour fort longtemps (presque jusqu’à la mort de ma grand-mère, en 1971). Mais tout le monde restait chez la mère Ayme…

(Petite parenthèse : j’ai écrit par ailleurs qu’on disait souvent le Père Machin, la Mère Truc ; ce n’est pas seulement lyonnais, c’était une survivance de l’ancien français mon « compère » et ma « commère », contractés en « père » et « mère »)

Dans le quartier des Razes, lorsqu’un gone n’était pas sage, il suffisait de lui dire qu’on allait chercher la mère Ayme. C’est vous dire si elle était connue pour son autorité et sa « grande gueule »…

Puis je suis arrivé, le petit dernier de la famille… Ma grand-mère dut m’accueillir avec beaucoup plus de sérénité que ma sœur Nicole. Souvent elle nous emmenait, soit chercher de l’herbe pour les lapins, dans le « Chemin » (l’actuelle rue Hector-Berlioz), soit à Lyon, au Grand Bazar. Nous prenions le train, ma grand-mère avait un tarif spécial en qualité de veuve de cheminot. C’est de cette façon que nous voyions la grand-mère chaparder : au Grand Bazar, avec son grand cabas noir ou, plus souvent dans les vergers qui longeaient le « Chemin » ; c’est aussi elle qui nous apprenait à prendre la poudre d’escampette quand nous étions surpris à faucher des fruits aux arbres.

En revanche, ma grand-mère n’hésitait pas à faire régner la terreur auprès de mes deux dernières sœurs, surtout hélas auprès de Nicole. Et elle avait affiché sur la porte de sa chambre un écriteau « Gendarmerie »…

Ma grand-mère avait l’injure facile. Nous avions dans notre jardin un poulailler avec poules, canards, une oie (la «Yoyo », qui mourut de vieillesse) et des lapins. Si le berger allemand de mes parents était gratifié par ma grand-mère d’un « sale boche », le coq était traité de « saligaud ». Et tous les soirs, ma grand-mère, avant la tombée de la nuit, allait recouvrir les portes des clapiers d’une toile de jute pour que les chers lapins puissent dormir sur leurs deux grandes oreilles…

Nous avions aussi une cave, dans laquelle mon père entreposait les tonneaux pour le vin de la « vigne » que possédait ma grand-mère sur le chemin des Vignettes (côté limites de Solaize). Nous faisions les vendanges, et mon père avait aussi un pressoir pour le raisin à côté de la cave. Mais la cave avait un grenier, accessible par une trappe. Mon père y faisait un jour je ne sais quelle activité. Il vit de la trappe arriver furtivement ma grand-mère dans la cave, saisir un bocal vide (pour les confitures) et le remplir au tonneau, et s’envoyer le tout derrière le corgnolon et conclure que « Hum ! que c’est bon ! ». C’était sûrement un jour où il faisait très soif…

Ma grand-mère était tracassière. Elle se faisait du tracas pour tout et transmettait son angoisse aux autres. Si mes sœurs partaient en vacances (les camps de l’ORLEC en Europe) et qu’on n’avait pas de courrier, c’est qu’elles étaient sûrement mortes. Ma grand-mère les traitait de « couratières ». La bande à la D’nise (la bande du Cercle) était-elle invitée à prendre un pot tard le soir, ma grand-mère venait aux renseignements et s’écriait : « Ah ! elles ont amené leurs maquereaux ! » Josette doit s’en souvenir encore…

Mais le pire, c’étaient les chats. Personne dans notre famille n’a pu savoir exactement combien ma grand-mère en hébergeait dans sa chambre. L’odeur en est restée fort longtemps…

Comme les chats, peut-être par mimétisme, ma grand-mère n’aimait pas l’eau. Pour plaisanter sans doute, elle disait que son c… n’avait jamais vu l’eau. Or, quand ma mère venait dans sa chambre faire la toilette de ma grand-mère âgée, c’étaient les grands cris. Un jour (c’était un dimanche), ma grand-mère ouvrit sa fenêtre et, plus que légèrement vêtue, cria « Au secours ! » à qui voulait bien l’entendre…

Un autre jour, ma mère, qui faisait le ménage dans la chambre de ma grand-mère (c’était son « squat » dirait-on aujourd’hui) découvrit en haut de l’immense armoire un chat raide mort. « Qu’est-ce que c’est que ça ? » demanda ma mère. Réponse ingénue de ma grand-mère : « Ah je sais pas, je suis pas au courant ». On sut plus tard par ma sœur aînée que ma grand-mère avait lancé une pantoufle qui avait atterri violemment sur le museau du chat, tué net. Quelles « pantomines » dans la chambre de ma grand-mère avec les chats ! Tout cela était péniblement toléré par mes parents.

Et puis la cour. J’ai parlé de cette cour des miracles, jouxtant la maison familiale. Il y avait là suffisamment de recoins pour abriter des centaines de chats, peut-être tous les mirons du quartier. Ma grand-mère les entretenait assidûment en leur apportant nourriture (soit du « mou », soit de la nourriture chapardée à la maison) ; elle appelait les mirons en actionnant une paire de ciseaux en annonçant « Petits, petits… » et quand la cohorte arrivait, les ciseaux servaient à découper le « mou »… Les scénarios les plus fous se déroulaient dans cette cour. Pour des raisons qui me sont restées inconnues, j’ai vu souvent, alors que j’étais étudiant et que je travaillais tard dans ma chambre, ma grand-mère se couler doucement le long des escaliers pour se rendre soit « à borgnon », soit avec sa lampe de poche, dans la cour pour vérifier je ne sais quoi de la vie de ses mirons adorés.

Telle était ma mémée de la rue des Razes…

 

(restauration à partir d'un négatif)
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14 janvier 2009 3 14 /01 /janvier /2009 16:52



Dominique BAILLY, qui fut membre de la Société d’Histoire – Patrimoine de Feyzin, m’écrit pour m’indiquer quelques précisions concernant l’histoire de Feyzin. Ce sont en fait quelques correctifs à ce que j’ai écrit en résumant les récits de Georges Saunier. Dont acte, ci-dessous :

 









« Mes propres recherches, corroborées par celles de Bernadette Ramillier, amènent quelques précisions ou corrections à apporter aux éléments recueillis par G. Saunier.

En 1241, la seigneurie de Feyzin est détenue par la famille de Chandieu, laquelle est féale des comtes de Savoie (Hommage de 1241, Chorier histoire du Dauphiné). Donc : Savoyard.

En 1287, une sentence arbitrale rendue ente l'archevêque de Vienne et le comte de Savoie adjuge au prélat le château et le mandement de Feyzin. Donc : Eglise de Vienne pour le château et le mandement.

Par contre la seigneurie et haute justice du village de Feyzin sont encore détenues jusqu'en 1310 par les Chandieu, qui les vendirent à leur suzerain (le Comte de Savoie) cette année là. Toujours savoyards, mais le mandement de Feyzin disparait et notre village est rattaché à celui de Saint- Symphorien d'Ozon.

En 1349, Feyzin, au même titre que toutes les autres enclaves savoyardes situées en Dauphiné, n'est pas concerné par le rattachement des possessions du Dauphin au royaume de France. Notre village bien que géographiquement situé en Dauphiné, ne sera Dauphinois que six ans plus tard, lors du traité franco- savoyard de 1355.

Jean I de Chaponay n'a pas été inhumé dans l'église de Feyzin, ni guerroyé sous Louis XI. En réalité, il fut chef de bannière de la milice urbaine de la ville de Lyon et commandait en cette qualité 5 dizaines de citoyens. Il testa bien en 1517, mais fut inhumé à Saint-Nizier.

Dans l'ouvrage "Aux environs de Lyon" de A Bleton, illustré par les gravures de Joannes Drevet (rue des Razes), il est écrit : les Razes ou le Feyzin d'en bas possède la gare. Il y avait autrefois une vieille église et un château, l'un et l'autre démolis. Le château avait , assure-t-on, hébergé en 1790 Joséphine de Beauharnais et sa fille Hortense. C'est fort probable, car elles sont rentrées en France par le même bateau où servait comme officier l'un des fils de la propriétaire du château Anne Françoise de Chaponay Feyzin. Cette Dame était propriétaire de la seigneurie de notre village et le fut jusqu'à l'abolition des privilèges. Elle était d'ailleurs présente à Feyzin vers octobre-novembre 1790 afin de mettre ses affaires en règle avant de faire de même dans son hôtel particulier à Grenoble vers la fin décembre et d'émigrer en Savoie peu de temps après. Compte tenu de sa date de retour en France, Joséphine et sa fille séjournèrent à Feyzin en novembre-décembre 1790 (2 mois selon G.Saunier).

Le château de l'Isle, quant à lui, appartenait à Pierre Elisabeth de Chaponay, entre autres comte de Chaponay et baron de Morancé. Il habitait Lyon, place Saint-Michel, paroisse de Saint-Martin D'Esnay. Il n'émigra pas et portait l'épée ce qui lui valut l'échafaud. »

Merci à Dominique pour ces précisions historiques. Je suis ravi de savoir que de talentueux chercheurs comme lui et Bernadette ont suivi la trace de Georges Saunier pour encore mieux connaître et nous faire connaître l’histoire de Feyzin.

La cour intérieure du Château de l'Ile, photographiée par Robert Sublet avant la démolition (photo parue dans un bulletin municipal datant je crois de 1964)

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