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14 février 2010 7 14 /02 /février /2010 14:35
Dominique m'a transmis la photocopie d'un texte manuscrit, rédigé par mon oncle Adolphe Perret, pour l'un des bulletins de la Société d'histoire (1996) :

charivari

Je retranscris ci-dessous cette lettre :

Le charivari
A Feyzin, le printemps 1927 vit refleurir une coutume que l'on croyait abandonnée à jamais. Ce fut ce fameux charivari, ressuscité du fond des âges par la volonté de quelques joyeux lurons.
Lorsqu'un ménage après séparation voulait reprendre une vie commune, il était d'usage pour le mari de verser une obole qui devait éteindre la soif de quelques citoyens respectueux des traditions antiques. Alors aurait pu continuer la vie d'un quartier dans le calme et le silence qui régnaient toute la petite commune de cette époque. Pourtant la requête dignement faite fut rejetée sans appel. Les demandeurs unanimes et fiers de leur droit déclenchaient alors ce fameux charivari. Ce ne fut aux premières soirées qu'une aubade nocturne avec accompagnement de casseroles. Le respect des traditions devint une passion qui permettait des distractions collectives rares à l'époque. Ce feu sacré qui animait nos artistes les vit triompher de toutes les difficultés. On trouva des instruments de musique et des musiciens de village en inventèrent. Des paroliers furent inspirés par un souffle bien feyzinois sur des airs en vogue. Le succès fut rapide et grandissant. Le volume sonore de l'orchestre dépassa nos collines, aussi la rue des Razes vit arriver avec la nuit les amateurs de burlesque, du carnaval. On venait de Saint-Fons, Solaize, St-Sym et Irigny. Les passages nocturnes de la traille firent des bords du Rhône une lagune vénitienne. Bientôt le charivari devint le prestigieux précurseur des festivals de jazz.
Pourtant si à Jéricho les murailles tombèrent au septième tour, à Feyzin la rue des Razes malgré toutes les inventions lumineuses et sonores fut le théâtre d'un siège de 45 jours. Une quête encourageait les artistes qui après la séance envahissaient les cafés archi combles.
Tous les succès ont une fin. Le juge de paix alerté convoqua les principaux maîtres de ces cérémonies burlesques. Ceux-ci se rendirent à cette convocation sur une immense charrette où ils avaient dressé une symbolique guillotine. Le juge ne put que suivre les us et coutumes, l'acquitement fut prononcé à condition que l'aubade se termine à 22 heures.
Les joyeux lurons terminèrent cette journée historique à l'Hôtel du Louvre alors justement très bien fréquenté. L'obole fut versée et avec les beaux jours de l'été qui allaient venir, la lisère de Feyzin retrouva le calme et ses nuits rythmées par le chant des grenouilles de la Tuillère et du Campos.
Hélas pour quelques années seulement, mais ça : c'est une autre histoire, moins drôle et plus secrète.



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