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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 07:34

Nous avons souvent évoqué dans ce blog le quartier de la Bégude. Pour complément, voici un article qui m'a été transmis par Dominique Bailly, avec des explications sur l'origine du nom de ce quartier.

 

LA BEGUDE DE FEYZIN

 

Lorsque vous allez à pied de Lyon à Saint-Symphorien d’Ozon, vous marchez en plaine jusqu’au bas de la colline de Feyzin. A cet endroit la route monte en lacets, comme, du coteau de Sainte-Foy, vous la voyez si bien se dessiner. Cela manque d’ombre ; il fait chaud (si c’est en été). En haut, et quand de la plaine vous avez gravi une quarantaine de mètres (de 193 à 232), bien sûr vous avez soif. Donc, vous entrez à un bouchon, et c’est justice, car vous êtes à la Bégude, le mot l’indique, c’est  un endroit pour boire. Toute Bégude a son bouchon, comme bien s’accorde.

 

Là tout près, on a bâti récemment un vaste et solide fort (1).

 

Votre chopine bue, vous pouvez, en vous détournant à peine, passer vers l’église, qui n’est guère belle, ayant été bâtie vers 1840 ou peu après (2), à la mode du temps, et à grand renfort de Villebois pour les piliers et de lattes et plâtre pour les voûtes. L’architecte était ce pauvre Duboys, mort depuis bien longtemps, un petit brunet tout poilu, qui eut son heure de notoriété, et quelque temps après Feyzin, fit le clocher de Fourvière en pseudo-roman. Il était élève de Duclos. C’est Forest, le voyer de la Croix-Rousse, qui après la mort de Duboys, exécuta la flèche de Feyzin en façon d’éteignoir.

 

A droite et à gauche de l’église, en pendant, deux grands bâtiments carrés, avec jardins clos de murs. C’est la cure et l’école. Ce programme était joli et méritait d’être mieux rempli (2). Qu’en Italie on eût su faire de tout cela quelque chose d’agréable aux yeux et de reposant ! Grand dommage, car où qu’on aille, sur les bords de ce beau Rhône, on voit ces masses se profiler. De là-haut en retour, la vue est immense, merveilleuse, et plonge sur des plaines grasses et vertes, arrosées par le fleuve. Ce serait tout ce qu’il y a de beau, si l’endroit lui-même était un peu boisé, mais il n’y a que des blés et des fourrages artificiels.

 

De l’église, vous pouvez descendre par un grapillon au village en bas, presque perdu dans les brotteaux, leurs vourgines et leurs peupliers. Pas bien loin de là, il y a de la terre à poterie, comme aux Rivières vers la Mouche. Voici quelque vingt-cinq ou trente ans, qu’on y avait fondé une tuilerie, qui ne put réussir, les produits s’étant trouvés médiocres (3).

 

Ce nom de Bégude nous est venu du provençal. Il y a dans le midi quantité de  Bégudes, c’est-à-dire des endroits où l’on s’arrête pour boire avant d’arriver aux villages. La Bégude D’Aubres (Drôme), la Bégude de Châteauneuf-de-Mazenc (Drôme), la Bégude d’Auzon (Gard), la Bégude de Jordy (Hérault) et enfin la Bégude-Basse, qui est la Bégude de la Bégude, dans l’Ardèche, et une foule que je ne connais point.

 

Beguda ou Begudo, en provençal, veut dire action de boire, et aussi ce qu’on boit en un coup. Le latin bibere a fait boire en français, beüre (prononcer beoure) en provençal, beïre ; baïre en lyonnais. Le participe présent provençal est bevent, et le participe présent languedocien, beguent. Participe passé dans les deux dialectes, begu, d’où begudo.

 

Cette transformation de v en g (begu au lieu de bevu, du participe présent bevent) est tout ce qu’il y a de plus classique, quoique v soit une labiale, et g une gutturale : gaine (vagina), Gascogne (Vasconia), gâter (vastare) etc. V, par une singulière transformation, est même souvent devenu gu, comme dans gué (vadum), guêpe (vespa), gui (viscum) etc.. etc.

En provençal, counèissent (connaissant) est aussi devenu counèigu (connu), d’où couneigudo, connaissance.

 

Il n’y a pas à douter que le nom de la Bégude de Feyzin ne lui ait été donné par les rouliers de Provence, en ces temps que, par files interminables, ils dévalaient de Paris à Marseille ou montaient de Marseille à Paris, chargés de sacs de blé, de bareilles de vin, de saches d’avoine, de ballots de merluche, de barils d’anchois, de tonneaux d’huiles, de caisses de savon, de tonnes de charbons, etc.,etc., « balin-balou, patin-patou, et à la garde de Dieu, comme portaient les lettres de voiture(I) ».

 

Nizier du PUITSPELU,

Lyonnois.

 

(I)            Mistral.

Source : Le Monde lyonnais n°28 du 21 mai 1881

 

 

(1) 1875 / 1877

(2) La construction débute en 1843.

(3) Société des tuiles étrusques de France, fondée en 1854.

  

 (notes additionnelles de D. Bailly)

  

rn7_b-gude.jpg

 

 

 

 

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