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4 février 2009 3 04 /02 /février /2009 17:30

Feyzin, à la périphérie sud de Lyon, n’allait pas échapper à l’industrialisation massive à partir des années 1960. Le couloir de la chimie, le long du Rhône, n’allait pas s’arrêter après l’aménagement de l’usine Rhodiacéta (Rhône-Poulenc) au quartier de la Belle-Etoile (limite Saint-Fons – Feyzin). Alors que Feyzin vivotait tranquillement en tant que commune agricole (et minoritairement industrielle, nous l’avons vu, avec les usines du quartier du Rhône), de grands projets s’annonçaient avec l’U.G.P. (Union Générale des Pétroles, qui devint ensuite le groupe ELF) pour l’implantation du plus grand complexe pétrochimique de l’époque, dans la plaine de Feyzin. Dans le même temps, le tracé de l’autoroute A7 était prêt, et le projet de la création d’une gare de triage (Sibelin) verrait aussi le jour sur Feyzin et Solaize. Pour rendre le Rhône navigable, la C.N.R. (Compagnie Nationale du Rhône) allait créer le barrage de Pierre-Bénite et son canal de fuite, le long de l’autoroute.

Entre l’extrémité ouest du quartier des Razes et le quartier du Rhône, toute la plaine de Feyzin allait changer d’aspect en 3 ans. On écrit dans un bulletin municipal en 1972 : « Pour les habitants des Razes particulièrement, ce fut le Far-West à Feyzin, la plaine grouillante d’engins de travaux publics se transformait dans la sarabande poussiéreuse des scrapers, bulldozers, alors que des dragues géantes fouillaient le sol, creusant ce qui allait être un canal, un tracé d’autoroute se délimitait, une vaste plate-forme de remblais, fait des graviers du canal, s’aménageait, qui allait devenir une zone industrielle considérable, celle qui s’étale sous vos yeux. Des fermes, des terrains étaient expropriés, dans le bruit des procès qui marquait chaque nouvelle étape d’avancement des travaux. »

Assez vite, des dommages « collatéraux » se produisaient : la démolition de la maison Commeau, l’ancienne ancienne mairie (c’est vrai qu’elle tombait en ruines) et surtout la destruction pure et simple du Château de l’Isle, malgré les protestations notamment de Georges Saunier, alors conseiller municipal.












                         L'ancienne "ancienne mairie"... et sa démolition










Le beau portail Louis XIII du Château de l'Isle (photo de Robert Sublet, dans "Feyzin au passé simple" de 1977)








La raffinerie s’édifiait au printemps 1963. Un an après, elle était déjà en service, avec la première unité de raffinage de pétrole brut, suivie plus tard d’unités de distillation, puis d’une seconde unité de raffinage, la première d’Europe (le Steam-Craking). Parallèlement, étaient mis en service l’autoroute A7 et le canal de fuite.



























Photos Bulletin municipal, 1972






Balayés les îles, les lônes, les vorgines, les gravières, les peupliers géants, les platanes de l’allée du Rhône, les guinguettes, la fore et la faune complètement modifiées, et aussi les souvenirs de toute une population qui assistait, impuissante, à la transformation du bas de Feyzin…

Et c’est à partir de ces années-là que Feyzin prit progressivement un visage différent. Le Feyzin d’avant avait vécu.

Nouveau paysage de Feyzin : le quartier des Maures au premier plan, la raffinerie (avec 4 cheminées) à l'arrière-plan (photo Cellard, Bron)

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commentaires

fasin 07/01/2014 19:56

Certains de mes ancêtres ont vécu à l'emplacement du canal de fuite, au milieu des îles du Rhône.
Il parait que le paysage était l'un des plus beau de la région....
Maintenant circulez y'a rien à voir et en plus ça pue !

Sublet 04/01/2014 18:34

Les feyzinois bande de lâche aucun c'est battu contre cette putain de raffinerie un seul c'est battu . Lui s'est fait exproprié comme un mal propre mais ça tout le monde a oublié.Feyzinois vous avez la mémoire courte .Moi j'ai connu les larmes et la rage de mes parents.Voilà ce que ces photos me rappelle de la tristesse de la honte d'un village ou je suis né

Sublet 04/01/2014 20:11

Mon père était paysan pas marchand de caravane

Thierry 04/01/2014 19:15

Je comprends très bien l'amertume de ceux qui ont été balayés, et leurs souvenirs avec, par cette époque de l'industrialisation à marche forcée.
Pourtant une multitude a bénéficié des retombés économiques de cette raffinerie. Vous portez un nom connu à Feyzin, j'ai ce souvenir, imprecis, d'un commerce d'article de sport, de camping, bref un Décathlon de l'époque. 100 familles de plus à la grande Serve, c'était de la clientèle... qui n'aurait jamais existé sans ce grand chambardement.
Après, sur le long terme, je ne sais pas ce que devient Feyzin maintenant, on peut tout imaginer, même que ce serait mieux s'il n'y avait pas eu cette raffinerie.
Mais moi, je lui dois de 1963 à 1968 les meilleurs moments de ma vie d'enfant (sauf le 4 janvier 66)

Thierry 28/10/2012 19:53

Le canal de fuite... Mon père était le géometre qui mesurait en permanence l'activité de la pelle "marion" qui lancait son godet dans les flots du Rhone. Les scrapers qui mettaient en forme les
digues de ce canal font partie des souvenirs.
Mon pere nous avait ramené un jour un morceau de metal arrondi et plat comme une lame : c'etait une piece de 1 centime en aluminium qu'il avait placé sur un caillou plat et ecrasée par le passage
de cette pelle gigantesque. Mon père travaillait 12 heures par jour dans ces années là : il est forcement un pixel de cette photo, quelque part...

marie-paule 05/02/2009 14:15

Effarant ! Je me souviens de ce chambardement, de ce bruit et de cette poussière, de la disparition de toute cette verdure mais je ne me souviens pas de ces photos du chantier en noir et blanc .
Heureusement qu'il y a des gens conservateurs ! ;)