Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
30 janvier 2009 5 30 /01 /janvier /2009 13:18

 

Elle était très isolée, la poterie de Feyzin...là-bas...sous Gournay .

Aujourd’hui, je la situerais à l’emplacement de la société de transports frigorifiques dans la zone d’activité du Château de l’Isle.

Pour moi, c’était d’abord une ferme puisque c’était l’exploitation agricole d’un de mes oncles, Adrien Paillet. Mais ça n’était pas une ferme ordinaire puisque dès l’entrée, sur la droite de la cour, sous un grand saule, il y avait une chose inhabituelle : une grande fosse dallée, munie d’un accès en pente. Je n’ai jamais connu la fréquence de son remplissage mais je sais qu’on pouvait jouer à l’intérieur quand elle était vide, même y faire du vélo, mais qu’il était strictement interdit d’en approcher dès qu’elle avait été remplie avec des masses de terre glaise. Cette terre, c’était la matière première de la deuxième activité pratiquée en ce lieu. Un autre de mes oncles, Louis Paillet (le Ton’ Li) lui donnait toutes sortes de formes : il moulait, tournait, peignait et cuisait quantité de vases, de pots de fleurs, de bols, d’assiettes, d’articles de décoration…et même des pots de chambre !


 L'imprimeur a mis le pluriel... (photo parue dans "Feyzin au passé simple", 1990)

Pour la petite histoire, les jours de grand vent, mon oncle prévenait la maisonnée: "Bon, aujourd'hui, il va falloir préparer une camionnette de pots de chambre". Il faut dire que la poterie de Feyzin était le fournisseur de l'hôpital St Jean de Dieu et que ces jours-là, les malades étaient tellement excités qu'ils se balançaient les pots de chambre à la figure. Inévitablement, l’hôpital téléphonait à la poterie (le "2" à Feyzin) pour renouveler les précieux récipients. Voilà pourquoi, pour moi, l'image de l’asile d’aliénés, c'est un peu « Vol au dessus d'un nid de coucous » mais c’est aussi, à St Jean de Dieu, le concours de lancer de pots de chambre qui avaient été fabriqués à la poterie de Feyzin.

 

Heureusement, il n’y avait pas que ça et même si le Ton’ Li n’était pas à proprement parler un artiste, naissaient sous ses doigts des pièces que je n’ai jamais revues ailleurs. Ainsi en était-il de cette petite maison de 7 à 8 cm de façade, à porte ouverte et volets verts, couverte d’un joli toit rose à vraie cheminée. Cette petite maison était en fait un cendrier et je guettais le moment où les papas et les tontons allumaient une cigarette pour leur demander de la placer dans l’ouverture de la porte. J’avais ainsi le plaisir de voir sortir la fumée par la cheminée.


 
La poterie en 1966, avant sa démolition

Je revois l’atelier dans le grand bâtiment transversal: à droite, au-dessus du tour éclairé par la fenêtre, les pièces encore grises en train de sécher sur des planches, et à gauche, après avoir transité par le four, les pièces cuites et déjà décorées, telles les petites cruches fleuries et pendues par l’anse ou les pots à café, à sucre ou à farine avec leurs petits carreaux bleus.

J’ai encore en mémoire les rais de lumière traversant les fenêtres encombrées et l’odeur caractéristique de la glaise humide posée sur le tour du potier. Le Ton’ Li me faisait asseoir sur une caisse et j’observais sans rien dire les changements de forme, de hauteur, d’épaisseur jusqu’à la forme définitive.





C’étaient des gestes d’une autre époque et ça aussi, c’était quelque chose qu’on pouvait voir à Feyzin.


Marie-Paule BORIA

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Christian Chapotat 26/04/2015 17:17

Mon père Edouard Chapotat (décédé en 1971) co auteur avec M. Massador de la fresque murale du Lycée Brossolette, effectuait à la poterie Paiilet de Feyzin toutes ses cuissons de céramiques sur lave. Je me souviens très bien de cette époque..........

bordignon jean pierre 18/03/2011 12:48


J'ai aussi connu felix Massador a feyzin puis a Lyon (rue du doyenné),enfin a Dieulefit enfin ou il avait son atelier.Là ,je l'ai perdu de vue .
Je possède deux ou trois de ses oeuvres ceramiques et un de ses dessins a l'encre de chine .
J'aimerai avoir de ces nouvelles


marie-paule 06/02/2009 14:39

Oui, Monsieur Massador, qui avait créé un atelier de poterie d'art. Il s'était ménagé un petit hall d'exposition dans le grand bâtiment et je me souviens qu'il avait des visiteurs. Il réalisait des vases qui sortaient de l'ordinaire et des carreaux de céramique uniques.

martine 05/02/2009 19:33

On allait aussi voir M MASSADOR qui travaillait à l'atelier ,c'est surtout lui dont je me souviens.
On a toujours entendu parler de la Poterie avec beaucoup de nostalgie dans la famille ..c'était le bon temps!!!

Martine la petite soeur de Marie Paule 05/02/2009 15:48

Bien que je n'ai pas autant de souvenirs que MPaule ,je me souviens de la Poterie où j'aimais voir fabriquer tous ces pots ,ces vases ;pour moi ce lieu représentait un peu les vacances,on "descendait " à la Poterie quelques jours,on jouait avec notre grande cousine Simone et çà changeait notre quotidien....