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22 janvier 2009 4 22 /01 /janvier /2009 18:21

Ce fameux Fort, si mystérieux, si secret, si dissimulé, on se demandait bien s'il existait. On nous en parlait à l'école, dans le cadre des cours sur la Commune de Feyzin. Mais on ne l'avait jamais vu. On savait vaguement où il se trouvait, près de la Route de Corbas, là-bas dans les bosquets. Et un jour, le Fort fut rendu aux Feyzinois. En 2003, la Mairie de Feyzin en faisait l'acquisition et mettait en place un "comité stratégique" pour réfléchir à l'usage de cette nouvelle immense bâtisse de Feyzin. La Ville de Feyzin publia une plaquette sur le Fort de Feyzin :


Dominique Bailly, grand historien devant l'Eternel, m'a transmis le document qui suit. Vous saurez tout sur le Fort de Feyzin grâce à ce véritable guide, comme si vous y étiez !


Le fort de Feyzin

 

Présentation inspirée de la visite organisée pour les adhérents de Mémoires Corbasiennes, le samedi 25 novembre 2006, sous la conduite du colonel Bonijolly et par les divers documents que j’ai pu glaner de ci de là. Pour ceux désirant des informations supplémentaires voir aussi :

 

 

  1. L’ouvrage sur les défenses de Lyon de Dallemagne & Fessy. Le croquis-type de la page 248 correspond tout à fait à la physionomie du fort de Feyzin. Dans la monographie des différents forts, un paragraphe est dédié à celui de Feyzin (p. 175 à 183). A signaler aussi deux photographies de la caserne du cavalier pages 151 & 152.

 

  1. Un site Internet mérite le détour : www.fortiff.be . Il dresse un état des lieux en juillet 2003. On peut y admirer une trentaine de photos, dont certaines sont uniques. Deux d’entre elles représentent les fresques du magasin à poudre, qui a servi de théâtre pour la troupe, avant qu’elles ne soient dégradées par l’incendie du plancher de la poudrière.

 

 

 

Le fort, situé au sud de la ville de Lyon, a été édifié entre 1875 et 1877 sur la rive droite du Rhône, au sommet d’une moraine glacière. Celle ci était donnée à 232 m d’altitude sur une carte de 1869. L’inscription portée sur le pilier droit de la grille du ravelin indique 227.70 m.

 Il fait partie du troisième secteur de défense de Lyon ; le plus important de la place.

 

C’est l’une des quatre plus grandes fortifications de la ceinture de Lyon avec celui du mont Verdun (1874) et ceux de Vancia (1875, nord de Lyon) et de Bron (1875, est de Lyon). Il est de forme pentagonale et comporte 7 saillants. Sa superficie en fait l’ouvrage le plus important de la place de Lyon (22000 m² dont 10000 m² habitables). Il est flanqué des ouvrages d’Irigny et de Corbas.

 

Ce type de gros chantier, était adjugé dans le cadre de marchés de travaux, attribués à un seul entrepreneur. Le gros des ouvriers était constitué de manœuvres. Les corps de métiers comportaient des mâçons, des tailleurs de pierre, des charpentiers, des menuisiers, des ferronniers, des peintres ainsi que des vitriers.

 

Lors de l’édification de ces ouvrages, la main d’œuvre locale insuffisante conduisit les entreprises de terrassement à recruter de nombreux Italiens. Pourtant ces fortifications furent projetées pour faire face à la menace que représentait l’Italie à l’époque. Il fallait compter en gros 500 terrassiers par chantier. D’après les indications portées dans le dénombrement de la population feyzinoise en 1876, il y avait 359 ouvriers sans domicile fixe employés aux travaux du fort ainsi que 4 militaires du second régiment du génie.

 

Un état des chevaux de l’entrepreneur Raffin de la bégude, mentionne 28 chevaux employés aux travaux du fort, au 12 novembre 1877.

 

 

L’entrée :

 

Elle est située sur la face arrière du fort. Comme elle constitue le point faible de toute enceinte fortifiée, on la renforce par tout un système défensif.

 

 

Le Ravelin levée de terre, affectant la forme d’un triangle, surmonté d’une banquette d’infanterie où l’on poste des fusiliers en cas d’attaque. Son entrée est close par une forte grille (celle d’origine ayant disparu, a été remplacée par la municipalité). Son rôle est d’empêcher un tir direct contre l’entrée du fort.

 

Le chemin d’accès au fort est coudé de façon à ce que les assaillants ne puissent prendre la porte en enfilade. Une casemate d’infanterie, dont l’accès se fait uniquement au moyen d’une passerelle mobile, permet aux fantassins de le tenir sous leur feu. Une fois enfermés dans leur retranchement ces hommes sont coupés du reste de la garnison. Ils sont en « enfants perdus ».

 

Un fossé sec fait tout le tour du fort. Pour y accéder, il faut traverser le pont bordé de rambardes en ferronnerie et dont une partie est inamovible (elle est dite dormante) et l’autre peut être rétractée.

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Le pavillon d’entrée comprend un passage charretier, le mécanisme de la partie mobile du pont roulant ainsi que les bâtiments situés de part et d’autre. Ils englobent le logement du commandant du fort, le poste de garde, les logements disciplinaires ainsi que les poternes d’accès au fossé. A signaler dans une cellule la présence d’inscriptions laissées par ses divers occupants, dont certaines de la main de prisonniers internés ici à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

 

·         Le fort de Feyzin avec l’hôpital de Vénissieux et les annexes de la bégude (femmes) et St Priest (officiers hongrois et autrichiens) constituaient le dépôt n°141 et totalisaient 8900 prisonniers de guerre de l’axe.

 

·         Lors de la rafle et des internements d’août 1942, le fort de Feyzin avait été choisi par les services de la préfecture pour servir de camp de réserve.

 

 

La gorge, zone en renfoncement qui encadre l’entrée, est défendue par deux plateformes d’artillerie surmontant les côtés de la courtine (zone en retrait de l’axe des murs d’escarpe) lesquelles sont dotées de canons à l’air libre. Cette artillerie dite de flanquement de la gorge, permet de la prendre en enfilade. La plate forme ouest a été détruite lors de la création d’une voie d’accès permettant de descendre dans le fossé de gorge.

 

Le mur intérieur du fossé (côté fort) est appelé l’escarpe. A Feyzin il est à escarpe attachée car le talus de rempart arrive en haut du mur. La contre escarpe est le mur du côté extérieur. A l’origine, seul ce dernier était en béton. Le mur d’escarpe fut édifié en terre coulante (pente de 45°) et ne fut bétonné que 30 ans plus tard. C’est pour cette raison qu’il affecte un fruit important. La partie située au delà du mur de contre escarpe s’appelle le glacis. Sa pente est calculée pour que les tirs d’infanterie soient rasants. Il est planté d’arbres qu’on laisse pousser en temps de paix. En cas de conflit, on les coupe à 1 m du sol. Le bois coupé est rentré au fort pour servir de bois d’œuvre puis les troncs, réunis par du fil de fer barbelé. Des banquettes d’infanteries sont disposées sur le pourtour du fort.

 

La porte est défendue par des meurtrières ainsi que des ouvertures en arc de voûte (créneaux de pied) qui permettent de laisser tomber des grenades. Le fronton est très travaillé. La maçonnerie de la façade du pavillon de garde est en « opus incertum ».

 

Le pont roulant sur chariot à effacement longitudinal fonctionne de nouveau depuis que la municipalité l’a restauré. Il est monté sur un chariot et se manœuvre à l’aide de deux manivelles. Il coulissait sous la porte blindée. Ce type de pont, qui s’escamote dans le sens de la longueur, est le moins courant. Les tôles du bas, qui ont été rajoutées, bouchent le passage par lequel il passait sous la porte.

 

La tenaille est la partie du couloir d’entrée comprise entre la grille et la porte blindée. De part et d’autre, elle est prise sous le feu de meurtrières qui assurent la défense rapprochée. Une fois celle ci traversée, on arrive enfin au pavillon d’entrée puis on pénètre dans la cour extérieure dite des flanquements.

 

 

Le casernement de la troupe :

 

La garnison des forts était généralement placée sous le commandement d’un artilleur. Outre les artilleurs, leur effectif englobait aussi une compagnie d’infanterie et quelques hommes du génie. En temps de guerre le fort de Feyzin pouvait accueillir plus de 800 hommes. Si l’on en croit les dénombrements de population de la commune la garnison était forte de :

 

10 hommes en 1881                                                5 hommes en 1901

16 hommes en 1886                                              10 hommes en 1911

  6 hommes en 1891                                                un homme en 1926

10 hommes en 1896                                              80 hommes en 1936

 

En 1891, manœuvre de brigade, du 13ème corps d’armée à Feyzin.

 

Durant la première guerre mondiale, le fort servit de casernements lors du regroupement des troupes envoyées au front.

 

Le fort était gardé par un concierge. En avril 1932, l’intendant militaire de Lyon et le colonel Girard chef du génie, louèrent à Mr Charles Rouville habitant de Feyzin, un logement de trois pièces situé au rez de chaussée de la caserne du Parados et un jardin de 4 ares dans les dépendances du fort pour 250 francs/an.

 

En 1934, les hommes d’un détachement du 402ème régiment de DCA séjournèrent au fort du 21 au 28 août. Il faut croire que les casernements n’étaient pas très habitables. Trois officiers furent logés chez Tronel (château de la bégude) ; Cinq officiers chez Genin à la balme (mairie) ; huit hommes dont un brigadier-chef chez Rama (RN7) ; un officier, deux sous officiers et 24 hommes chez Potier (château route de Vénissieux).

 

En 1940, deux compagnies de la garnison du fort étaient logées hors les remparts. Une compagnie était cantonnée dans les anciens Ets Roux Soignat (le hurlevent) et une autre dans la maison Janez à la Tour.

 

La première caserne est dite de « parados » (derrière le dos des combattants) et porte sur son fronton les dates de la durée du chantier de construction du fort : 1875 / 1877. Elle fut réalisée avant la réception des consignes de Séré de Rivières, ce qui explique que son architecture diffère de celle de toutes les autres casernes de la ceinture dite « Séré de Rivière ». Elle comporte 17 travées sur deux niveaux. L’inférieur abrite des magasins et le supérieur des logements. Les chambres sont protégées par une épaisseur de 2 à 3 m de terre. On peut voir au niveau des linteaux de fenêtres, des cornières métalliques qui reçoivent le blindage en temps de guerre. Une fois toutes les issues extérieures ainsi obstruées au moyen de madriers de bois, on utilise les galeries souterraines desservant l’arrière des casernements. On devait alors s’éclairer au moyen de lampes à huile, de chandeliers et de lanternes à main.

 

 

Un poêle à bois ou à charbon assurait le chauffage dans chaque casemate. Les chambrées étaient prévues en théorie pour 60 hommes.  

 

Des galeries enterrées permettent de circuler dans le fort tout en restant abrité. Leurs murs sont en pierres et leurs voûtes en maçonnerie. De nombreuses huisseries sont encore en place.

 

Les locaux techniques situés en arrière de la caserne du parados regroupent tout ce qui a trait à l’eau, au pain et à la cuisine. Ils abritent aussi le réfectoire.

 

Le puits profond de 67 m conserve encore sa pompe à bras, l’installation de la pompe électrique, ainsi que l’appareillage qui servait à descendre une nacelle lors des opérations de curage. On peut aussi voir un lavoir et des lavabos où l’on faisait sa toilette à l’eau froide. Le fort fut alimenté en eau potable par la commune à partir du 04 avril 1936.

 

En face se trouve la boulangerie (les douches dans la partie droite sont plus récentes). Il y a deux fours à pain contigus ainsi que deux potagers (à l’emplacement de la planche et du mur de briques). Les potagers sont des fours à braise destinés au chauffage des aliments. A signaler une fresque murale traitée façon bande dessinée. La capacité des fours à pain était comptée en rations (une ration = 750g de pain par homme et par jour).

 

Les forts sont dotés d’un réseau d’évacuation des eaux usées très perfectionné, où un homme peut tenir debout, afin de conserver les fossés secs.

 

En arrière se trouve une seconde caserne dite du « cavalier ». C’est un massif situé en arrière du rempart et qui constitue une deuxième crête de feu permettant de voir par dessus la première (comme les chevaliers pouvaient voir par dessus les troupes à pied dans les armée médiévales, d’où le terme cavalier). Les murs sont faits de matériaux locaux : pierres blanches de Villebois, granite d’Irigny, pierres rougeâtres de Couzon.

 

 

Le cavalier a été édifié conformément aux consignes de Séré de Rivières : pilastres, fenêtres triples, … Il comporte trois niveaux. Les casernements sont constitués de pièces rectangulaires voûtées séparées les une des autres par des piédroits. Chaque voûte est auto stable par rapport aux autres pour éviter l’effondrement de toutes les casemates au cas où l’une d’entre elles soit détruite. Un doublage de briques permet d’isoler les pièces de l’humidité. Les casernements sont protégés par une importante couche de terre et desservis, à l’arrière, par un couloir souterrain. Les portes et fenêtres donnant sur l’extérieur pouvaient être obturées par des blindages. On retrouve ce type de caserne dans toutes les constructions postérieures au fort de Feyzin.

 

De chaque côté une rampe permet d’accéder au pas de tir. L’alignement de traverses abris est impressionnant. Des magasins occupent la partie centrale du rez-de-chaussée. Les deux extrémités abritent des locaux techniques tels les latrines, la forge ou des cages d’escalier. Les chambres sont au premier étage. Le troisième niveau abrite l’entresol de batterie. Ce bâtiment surplombe la cour intérieure dite des remparts.

 

Entre le cavalier et la caponnière du saillant existe une troisième cour appelée cour des caponnières.

 

 

L’armement :

 

L’artillerie d’un fort tel que celui de Feyzin comportait 60 bouches à feu. Il y avait quatre catégories de canons.

 

L’artillerie lourde longue qui tire à tir tendu :

 

·         24 rayés, deux places, en bronze avec recul en 1874

·         Puis138 mm en bronze avec culasse ouverte vers1878/1879

·         Ensuite Canons en acier de 120 & 155 mm en 1880

 

L’artillerie courbe faite pour tirer sur les glacis :

 

Mortiers en bronze de 15 (portée 200 à 300m) ; de 16 ; de 22 et de 27 cm (portée 800m). A Feyzin, il y a huit casemates de feu à tir indirect (mises au point en 1874).

 

L’artillerie de flanquement destinée à couvrir la gorge et les fossés :

 

·         Deux canons à l’air libre au niveau de la gorge

·         Canons des caponnières (10 pièces à Feyzin)

 

L’artillerie de sortie de la compagnie d’infanterie :

 

Batterie de campagne tractée par des chevaux destinée à appuyer l’infanterie lorsqu’elle doit tenter une sortie hors du fort.

 

En 1914, un état des ouvrages, mentionne le fort de Feyzin comme étant terminé et que le nombre de pièces pouvant être mises en batteries au moyen de la garnison et sans avoir à réaliser des travaux conséquents était de 6 pour les remparts et de 15 pour les flanquements.

Une carte d’avril 1914, indique pour Feyzin une batterie de 120 ainsi qu’une de 155. D’autres documents de la même année mentionnent un télégraphe et une infirmerie de 64 lits.

 

 

L’essentiel des canons est disposé sur des plateformes à l’air libre car la poudre noire émet énormément de fumées toxiques. Ces postes de tir sont encadrés par des traverses abris qui les protègent du feu de l’ennemi.

 

Le fort de Feyzin possède une batterie basse car une partie de son artillerie est placée en avant du massif central par delà la rue du rempart (chemin reliant entre elles l’ensemble des traverses abris). Il possède aussi une batterie haute disposée sur un cavalier d’artillerie qui surmonte un casernement.

 

Les casemates à tir indirect sont toutes placées en arrière de la rue des remparts, dans le parados en arrière de parapets d’infanterie. Ces casemates de protection de l’artillerie courbe sont regroupées deux par deux avec entre elles un magasin à munition. Elles encadrent la caserne du parados et son desservies par une galerie de flanquement. On peut encore voir des wagonnets qui servaient au transport des obus ainsi que des tronçons de rails métalliques. A chacune des deux extrémités se trouve une écurie. Celles ci abritaient les chevaux nécessaires aux manutentions. Deux de ces casemates (sur le côté Est du parados) ont reçu des aménagements postérieurs : implantation de lavabos pour l’une et transformation en porcherie pour l’autre.

 

Les traverses abris protégeaient les plateformes d’un tir en enfilade. Dans chacune d’elles, il y avait 3 artilleurs et 9 auxiliaires. Elles servaient aussi à abriter un stock de munitions de sécurité. Dans le fort de Feyzin, certaines comportent en plus une casemate de tir direct. On remarque deux échancrures de part et d’autre de l’embrasure. Elles permettaient de déplacer latéralement le canon afin de le doter d’un champ de tir plus important. Un escalier monumental permet de rejoindre les niveaux inférieurs. Un monte charge permettait de monter les canons. On peut voir le crochet de fixation dans la voûte. Il y a enfin deux couloirs appelés « bras de traverses » qui permettent d’accéder aux plateformes d’artillerie des canons de 120, disposés à l’air libre.

 

Les batteries, ainsi disposées à ciel ouvert sur les crêtes d’artillerie dominant les dessus du fort, étaient protégées des tirs directs par un parapet en terre. Les canons étaient entourés sur les côtés par deux levées de terre appelées traverses qui les protégeaient des éclats d’obus et des tirs en enfilade. Enfin, la plateforme de tir était protégée des tirs de revers, ou « à dos », par le massif de terre recouvrant les casernements du parados (d’où son nom).

 

 

Les magasins à poudre :

 

Les poudrières sont au nombre de deux et sont situées à l’écart des casernes. Leur capacité est de 70 tonnes. Les obus étaient livrés vides et stockés en attendant d’être remplis. La poudre noire était livrée en caisses et devait être stockée à l’abri de l’humidité. Pour cela, la zone de stockage était entourée d’un vide sanitaire. De plus un plancher isolait les caisses du sol et une gaine d’aération reliait directement cette salle à l’extérieur. Tous ces aménagements entraînaient une circulation d’air tout autour des pièces évitant ainsi les infiltrations d’eau et les remontées d’humidité. L’un des deux magasins à poudre détourné en théâtre, a vu ses murs décorés de cartouches avec fresques, représentant des scènes de music-hall.

 

L’atelier de chargement des obus se trouve à l’une des entrées de la poudrière. C’est là que l’on chargeait les obus avec la poudre fine et qu’on remplissait les gargousses. La poudre grossière était utilisée pour la propulsion des projectiles.

 

Tant dans la poudrière que dans l’atelier de chargement, toute source d’éclairage directe était proscrite afin d’éviter tout risque d’explosion. Ces locaux ne pouvaient être éclairés qu’au travers de hublots en verre forts épais (20 mm). Un couloir ainsi qu’un escalier situés sur le côté permettent d’accéder à la chambre des lampes à pétrole ; lesquelles étaient équipées de réflecteurs et séparées  du magasin par des vitres carrées.

 

Les archives municipales de Feyzin conservent un registre des munitions des forts de Feyzin et de Corbas. Ce document comporte aussi des relevés météorologiques des années 30 ainsi que les plans de divers locaux dont ceux des caponnières reproduits ci après.

 

Les caponnières :

 

Sous la caserne du cavalier part la galerie d’accès de la caponnière de saillant. Deux grilles disposées à chacune de ses extrémités permettent de limiter les infiltrations de l’ennemi. L’entrée de la caponnière est défendue par un poste de garde. Deux meurtrières permettent de faire feu au niveau de la grille. Dans le long couloir souterrain il y a un puits de lumière qu’on peut obstruer à l’aide de madriers. Sur les murs, de loin en loin subsistent des plaques de bois qui correspondent aux emplacements des lampes à pétroles utilisées pour éclairer les lieux.

 

Le fossé ne constituant pas un obstacle suffisant contre les assauts de l’infanterie ennemie, il est défendu par des casemates basses saillant sur le mur d’escarpe appelées caponnières. Elles sont reliées aux casernements une galerie souterraine, en plan incliné.

 

La caponnière du saillant du fort de Feyzin est exceptionnelle par sa taille du fait qu’elle possède des flancs à 3 embrasures. C’est la plus grande de la ceinture de Lyon. Les autres forts n’ont que deux embrasures sur chaque flanc de caponnière.

 

Elle est dotée de deux batteries d’artillerie qui battent chacune un fossé. Chaque batterie est forte de trois pièces parce qu’à l’origine le fossé d’escarpe fut réalisé en terre coulante. Son gabarit se trouva ainsi plus large que lorsque les deux murs du fossé sont bétonnés.

 

Deux poternes permettent de gagner les fossés de front. Une galerie de fusiliers permet de tirer par les embrasures d’infanterie ou lancer des grenades par les créneaux de pied sur les assaillants qui parviendraient dans le fossé.

 

Les servants des pièces sont protégés par une visière qui se trouve en avant de l’embrasure de tir (tunnel en avant du poste de tir). On peut encore voir des pitons de fixation des pièces d’artillerie fichés dans le sol ainsi qu’un créneau pour canon de 12, culasse.

 

Les caponnières sont entourées d’un fossé creusé plus bas que celui qui entoure le fort. C’est le fossé diamant destiné à recueillir les débris de maçonnerie détachés par les bombardements afin qu’ils n’obstruent par les embrasures.

 

Il y avait deux types de pièces pour tirer de la mitraille (sortes de grosses cartouches de chasse avec à l’intérieur des balles de 2 cm de diamètre). Les obus étaient à proscrire car ils auraient détérioré les murs du fossé.

 

·         Avant 1880 : canons de récupération en bronze modifiés se chargeant par la bouche puis canons de 12, culasse

·         Apparition des canons revolvers Hotchiss en 1879

 

Les orillons de caponnière dotés de créneaux horizontaux prolongent la galerie et permettent aux fusiliers de protèger les batteries. Ils diminuent l’angle possible des tirs susceptibles d’atteindre les embrasures.

 

En face des orillons, on peut voir les portes d’accès et les meurtrières des galeries de contrescarpe où l’on postait aussi des fusiliers. Il y avait là des amorces de galeries ou de contre mines. C’était des galeries de 10 à 15 m de long avec des postes d’écoute du bruit que pouvait faire l’adversaire en creusant une galerie pour venir miner la caponnière afin de la faire sauter. On déterminait alors la direction d’où provenaient les bruits de creusement et l’on s’empressait de creuser à son tour une galerie afin de miner et pulvériser celle de l’adversaire.

C’est ces galeries qui ont accrédité la légende qui veut que les forts soient reliés entre eux par des galeries souterraines.

 

Le fort possède aussi deux demi-caponnières de flanc, chacune armée d’une batterie de deux pièces d’artillerie. Là aussi, des poternes permettent de rejoindre les fossés de flanc. Une galerie de fusiliers et un orillon de caponnière assurent la défense des batteries.

 

 

                                                                    D. BAILLY Avril 2007


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