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26 décembre 2008 5 26 /12 /décembre /2008 19:56

 

L’allée des Marronniers à Feyzin est une « veine » qui rejoint l’artère dont nous avons parlé précédemment, la RN 7. C’est le quartier de Marie-Paule, qui a voulu en parler avec tout son cœur :

« Vous avez tous sûrement déjà vu, en traversant certains villages, ces petites allées rectilignes et perpendiculaires à la route principale. Bordées d’ifs, de platanes, ou de mûriers en fonction de la région, elles font généralement le lien entre cette route et une maison bourgeoise, une grosse ferme ou un château.

Elles apportent une note de richesse et de distinction aux propriétés auxquelles elles appartiennent.

Il fut un temps où l’allée des Marronniers servit ainsi de décor à la belle demeure qui abriterait bien plus tard la Mairie de Feyzin.

Lors de la deuxième moitié du XIXe siècle, Monsieur Genin (*), gros « soyeux » lyonnais, était propriétaire de cette gentilhommière. Construite à quelques kilomètres de Lyon, la charmante résidence permettait à sa famille de venir se mettre au vert dans le grand parc qui s’étendait sur la pente de la colline.

La sente en lacets qui y serpentait au milieu de nombreuses essences rejoignait un petit pré situé plus bas. La sente était ponctuée de grottes artificielles et bordée par endroits de fines barrières en ciment imitant des branchages.

En bordure de la cour, devant la demeure, une terrasse en encorbellement offrait une vue imprenable sur le décor sauvage de la vallée du Rhône à Feyzin.

Pour accéder à cette propriété, le chemin le plus facile, quand on arrivait de Lyon, était bien évidemment celui qui descendait de la Bégude. A l’époque, ce n’était qu’un simple chemin de terre et l’emprunter ne permettait pas d’avoir une vue idéale sur la maison.

Pour la mettre en valeur et lui donner un caractère un peu plus majestueux, ce qu’il lui fallait, c’était une allée bordée d’arbres qui conduise les visiteurs, directement de la route nationale jusqu’à son portail.

En face du portail, se trouvait la ferme de mes grands-parents dont les terrains rejoignaient la Nationale.

C’est ainsi qu’en 1921, Monsieur Genin acquit de mon grand-père, Jean-Claude Pichot, une bande de terrain en bordure de sa ferme pour constituer ce passage.

Cette voie, plantée de marronniers, fut d’abord un chemin privé avec un droit de passage pour mon grand-père et sa famille. Je suppose qu’elle perdit son caractère privé dès la construction des premières maisons sur l’allée, c’est-à-dire pas avant le début des années cinquante.

Combien de fois, en revenant de l’école ai-je couru à la rencontre de mon grand-père qui revenait des champs avec son cheval. Il criait « Ho ! » et le cheval s’arrêtait. Ca me donnait le temps de grimper sur la charrette et de finir le trajet avec lui sous les arbres. Il n’y avait presque pas de voitures ce qui fait que quand nous étions enfants, l’allée était un terrain de jeu idéal pour faire du vélo ou du patin à roulettes et comme il n’y avait pas de vélos pour tout le monde, nous attendions notre tour, assis dans l’herbe, impatients, à l’ombre des marronniers. »

(*) M. Genin était le grand-père de Jacques Chaîne, qui fut maire de Feyzin

Marie-Paule BORIA


L'Allée des Marronniers en 2008 (photo de Nicolas Boria)

 

Marie Paule a recherché dans les vieux cartons familiaux des photos qui ravivent la mémoire de cette belle allée. Je les livre avec ce qu’elle m’en a écrit.

 

La maman de Marie-Paule avec sa cousine Jeannine, en bordure de la rue de la Mairie (1934 ou 1935) ; on voit à l'arrière-plan la barrière du jardin Vauthier, dont le Père Feschet avait acheté une partie ; la rue de la Mairie était alors un simple chemin de terre


















La maman de Marie-Paule, Madame Pichot, avec sa meilleure amie (qui habitait dans la maisonnette dans la cour du Cercle) ; derrière, la vigne du grand-père de Marie-Paule ; le marronnier que l'on voit à l'extrême-gauche est 15 à 20 fois plus gros aujourd'hui (la photo date de 1937)


















Dans l'allée, Jean Pichot, dit "le Pitch", l'oncle de Marie-Paule ; au second plan, la vigne du grand-père de Marie-Paule (photo de 1931 sans doute)



Dans une belle perspective de l'allée, en 1939, la fille du jardinier de M. Genin entourée de Mme Pichot, la maman de Marie-Paule et de sa copine Carmen



Madame Philibert, boulangère de son état (qui faisait un délicieux pain de courge), devant sa voiture de livraison, garée devant le Cercle ; on aperçoit à travers la vitre l'ancien portail de la Mésangère ; au dos de la photo, qui date de 1937, la maman de Marie Paule avait écrit : "Un temps où l'on avait du pain sans tickets"


Marie-Paule m’a dit aussi que les marronniers sont aujourd'hui victimes d’un insecte ravageur. Elle m’a même dit, cette agasse, que c’est peut-être un lointain cousin de l’aedes albopictus (vous savez, ce charmant moustique qui apporta le chikungunya à La Réunion en 2005-2006)…


Mais bref, vous voyez qu’avec quelques souvenirs, un stylo ou un ordinateur et quelques photos on peut évoquer avec amour et nostalgie tout un quartier. Pour ma part, je complèterai prochainement avec une incontournable entité de ce quartier : le Cercle, et nous arriverons doucettement à La Mésangère…

Tous droits réservés pour les photos de cet article

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commentaires

marie-paule boria 26/12/2008 23:04

Je pensais pas que tu allais mettre toutes les photos, c'est sympa.
Une précision: PICHOT est le nom de jeune fille de ma mère. Son nom d'épouse est VIRETON (mon nom de jeune fille à moi) Je te le dis avant que d'autres rectifient :-)